A l’extrémité du bras occidental du Nil se trouve cet ancien port, Rachid, plus connu comme Rosette par les Occidentaux. Rachid, Rosette ou encore Rosetta est une des plus jolies villes du Delta. La « cité aux millions de palmiers », fondée vers 870 par Ibn Touloun, prit de l’importance à l’époque ottomane pour atteindre sa gloire commerciale au XVIIème siècle, bénéficiant du commerce avec Constantinople et la mer Egée.
A Rachid comme à Damiette (l’embouchure orientale du majestueux fleuve), un des plus superbes phénomènes naturels s’affiche. Le Coran fait mention d'une barrière entre deux mers qui se rencontrent et que ces dernières ne dépassent pas. Dieu dit dans la Sourate Al-Forqane (Le discernement), verset 53 : « Et c’est Lui qui donne libre cours aux deux mers : l’une douce, rafraîchissante, l’autre salée, amère. Et il assigne entre les deux une zone intermédiaire et un barrage infranchissable ». La science moderne a découvert qu’aux endroits où deux mers différentes se rencontrent, il y a une barrière entre elles. Cette barrière, comme observée à Rachid et à Damiette où l’eau douce du fleuve ne se mélange pas à celle de la mer, sépare les deux étendues d’eau de façon à ce que chacune conserve la température, la salinité et la densité qui lui sont propres.
Dans cette petite ville portuaire fut trouvée par hasard en 1799 la célèbre pierre de Rosette, dont l’inscription trilingue contribua à mieux connaître l’écriture hiéroglyphique. C’est dans ce qui s’appelait alors le Fort-Julien (ce nom fut donné en hommage à l’aide de camp de Bonaparte, Thomas Prosper Julien, tué à Alkam en 1789) que le capitaine Bouchard (un lieutenant de l’armée française) découvrit, en juillet 1799, la pierre de Rosette, rédigée en trois écritures qui permit à Champollion le déchiffrement de l’écriture hiéroglyphique, en 1822. Ce bloc de granit a été dégagé pendant les travaux de fortification menés afin de faire face à une éventuelle attaque britannique. La pierre de Rosette fut cédée aux Britanniques, qui l’exposèrent au British Museum de Londres où elle se trouve encore.
Au centre ville, de nombreuses demeures de deux ou trois étages, à moucharabiehs et grilles de bois tourné en cours de restauration et protégées, sont un bel exemple d’architecture domestique ottomane du XVIe et XVIIIe siècle. La mosquée d'Al Mahalli possède 99 colonnes de remploi.
Certains pensent que l’origine du mot Rachid serait copte, Rchit ou la ville de la joie, nom qui aurait été confondu avec l’adjectif arabe « rachid » qui signifie sage. Rachid, francisé en Rosette, est devenu une ville d’une importance majeure dès sa reconstruction sur les ruines de la cité ptolémaïque, en 853. Un siècle plus tard, elle devient très prospère grâce à son port fluvial qui la reliait au Caire après sa création sous les Fatimides. Son port maritime a commencé à jouer un rôle plus important, comme celui de Damiette (située à l’extrémité est du Nil) sous les Fatimides, surtout après le déclin économique de la ville d’Alexandrie. Après l’annexion de l’Egypte par les Ottomans, en 1517, Rosette est devenue le port principal du pays qui reliait l’Egypte à la Turquie ottomane et à tous les Etats qui dépendaient d’Istanbul, jusqu’à ce qu’Alexandrie ait repris sa place prépondérante au cours du XIXe siècle. Rachid a été construit à quelques kilomètres du littoral à des fins stratégiques : éviter une attaque venue de la mer.
La ville de Rachid est la deuxième plus grande ville, après Le Caire, abritant des monuments islamiques dont la majorité remonte à l’époque ottomane. L’architecture des maisons de Rachid rappelle la beauté et la singularité de l’art islamique. Nous y trouvons des maisons très célèbres comme celles d’Arabe Kolli, Asfour, Farahat, Al Amsili, Al Mizouni et Elwane, de même que des palais comme le palais royal d’Abbas Helmi et du roi Fouad. Le visiteur aura aussi le bonheur de faire une promenade dans les collines telles qu’au Mont Abu Mandour. Parmi les monuments historiques de la ville portuaire on cite le mémorial du creusement du Canal de Mahmoudiya.
En septembre 1959, l’ancien président égyptien Nasser inaugura le musée national de Rachid qui se trouve dans la maison d'Hussein Bey Arab. Cette demeure qui date du 12e siècle de l’hégire, est composée de quatre étages construits dans le style islamique. Le musée relate la lutte noble des habitants de Rachid contre les Français et les Britanniques. Des scènes de la vie quotidienne de la population sont aussi à admirer. Les artisanats dont est réputée la ville portuaire ainsi qu’une collection des armes de l’époque y sont également exposés.