Tous les vendredis matins au Caire, joggeurs et cyclistes retrouvent leur liberté dans les rues quasi-désertes de la capitale, connues pour leurs embouteillages monstres. En Egypte, où le sport est principalement pratiqué dans des clubs ou des centres de jeunesse, les initiatives de faire du vélo ou de se lancer dans une course à pied se multiplient sur les réseaux sociaux, surtout parmi les jeunes.
Faire évoluer la situation des femmes en Egypte grâce au vélo, c’est le combat de Nouran Salah. « Ce n’est toujours pas normal dans la mentalité égyptienne de voir une femme sur un vélo », confie la jeune femme qui espère changer cette attitude sexiste envers les filles et les femmes qui souhaitent pédaler ! A 24 ans, elle a créé le Cairo Cycling Geckos pour aider les femmes à oser se mettre à califourchon sur leur vélo. « Le vélo donne beaucoup de liberté. Pourquoi les hommes peuvent-ils en profiter et pas les femmes », se demande Nouran. Elle dit que quand elle croise des filles ou des femmes pédaler, elle voit le bonheur dans leurs yeux.
Nouran pose la question suivante « comment le normaliser ? ». Voilà donc sa réponse, en étant activement engagées dans les rues du Caire. A force de nous voir pédaler librement dans les rues du Caire, dit-elle, les hommes vont s’y habituer et finir par trouver ça normal. Nouran Salah a commencé par livrer des repas à vélo tous les jours pendant le ramadan, il y a trois ans, avec son meilleur ami. Son association compte désormais une cinquantaine de bénévoles qui se rendent dans les quartiers pauvres du Caire.
« Quand ce n’est pas le ramadan, nous avons deux sorties par mois où nous donnons des vêtements, des couvertures, des fournitures scolaires, de la nourriture et des jouets », indique Nouran. Elle ajoute « Nous collaborons maintenant avec d’autres ONG. Nous voulons faire plus que ça et toujours à vélo, car j’espère pouvoir changer la perception des gens sur les sexes. Je veux qu’ils sachent que tout peut être fait par les deux sexes ».
Ce type de loisirs gagne du terrain. Sur des avenues de la mégalopole, rouler à vélo exige une vocation de kamikaze. La circulation étant chaotique, il serait comme se lancer dans une aventure à hauts risques. Avec des chauffards ne respectant pas trop le code de la route, faire du vélo serait dangereux, sans dire que les pistes cyclables font défaut. Coureurs et cyclistes optent alors pour le week-end, les vendredis. Journée optimale pour profiter d’une bonne randonnée en plein air.
«En weekend, les rues nous appartiennent. On peut courir et pédaler en toute liberté », affirme Dina, une jeune trentenaire. Voilée, Dina ne pense pas trop à la chaleur en courant. Fidèle aussi à son sport préféré, le cyclisme, elle arpente les rue du Caire avec ses nombreuses copines lui partageant cette même passion. « Cairo Runners », qui organise chaque vendredi une course à pied très tôt avant la traditionnelle prière musulmane, fait de plus en plus d’adeptes. Jeunes, vieux, hommes ou femmes, tout le monde y participe. Alors malgré la chaleur, typique de cette période d’année, ils sont prêts à prendre la route à 7h du matin, pour une course de 4 kilomètres sur les bords du Nil. Les endroits changent. Tantôt c’est à Zamalek, tantôt à Héliopolis, des fois sur le plateau des Pyramides, d’autres fois sur les autoroutes. Les joggeurs et les cyclistes, on les croise désormais un peu partout, les vendredis en particulier.
En dépit d’un mode de vie égyptien qui se veut un peu sédentaire, de nombreuses jeunes figures sont résolues à aller contre-courant. Du moment où ils ont voulu déroger à la règle, ils l’ont merveilleusement réussi. Aujourd’hui, de plus en plus de ménages insèrent le sport sur leur liste d’activités de priorité.
Le public est majoritairement de jeunes issus des classes moyennes et supérieures. Quelques personnes âgées joignent pourtant le cortège. Tenues de sport flashy, écouteurs ou casques aux oreilles, bouteilles d’eau à la main, ils multiplient les selfies tout sourire, une fois la ligne d’arrivée franchie.
Créée fin 2012, Cairo Runners attire chaque semaine entre 2000 et 3000 personnes. En avril, ils étaient même 7500 à participer au semi-marathon annuel de 21 kilomètres, selon son fondateur Ibrahim Safwat. A 32 ans, il se prend à rêver d’organiser un marathon international à l’instar de celui de New York, de Paris ou de Beyrouth.
Coureurs ou cyclistes, ils essayent de faire passer un message : la rue nous appartient, le sport est un style de vie ! Le fondateur du groupe Pdal, Mahmoud Shaalan, 27 ans, exprime le même vœu. Cet employé administratif dans un hôpital public, rêve d’encourager les Egyptiens à troquer leur voiture contre une bicyclette.
Si la pratique du vélo, dans un cadre utilitaire et quotidien, a augmenté en Egypte au cours de la dernière décennie, ses adeptes représentent à peine 5% de la population. Les 95% restants s’en remettent toujours aux voitures particulières et aux transports publics. Pour les Egyptiens, le vélo demeure hélas réservé en grande partie aux milieux sociaux défavorisés et ne peut convenir qu’aux travailleurs peu qualifiés, comme les gardiens d’immeubles ou les livreurs de pain. A la campagne, c’est différent. Les enseignants et les salariés du secteur public prennent leur vélo chaque jour : les trajets sont courts et les transports publics parfois introuvables. De nombreuses célébrités et personnalités politiques égyptiennes, à l’instar du Président Abdel Fattah Al-Sissi , se sont récemment mis à la bicyclette pour convaincre la population que la pratique du vélo doit transcender les classes sociales.
Les pistes cyclables garantissent une sécurité et une liberté plus grandes aux cyclistes et incitent à la pratique du vélo. D’ailleurs c’est en construisant des pistes cyclables que l’on pourrait promouvoir le vélo en ville et encourager les Egyptiens à se mettre en selle. Mieux sensibiliser la population à cette pratique et inciter les cyclistes et les automobilistes à un respect mutuel, pour la sécurité de tous, pourraient accroître l’usage du vélo dans les grandes villes.
Bonne nouvelle. Les cyclistes de l’Egypte peuvent enfin se réjouir ! Ils ont enfin un endroit pour profiter d’une balade sans mettre en danger leur vie. Pour la toute première fois, un parc dédié au cyclisme a ouvert ses portes en Egypte, il y a quelques jours. « Bike Park » est un parc de 210 acres, avec trois kilomètres de pistes cyclables, situé dans la ville Al Mostaqbal sur l’autoroute Le Caire/ Ismailia, en face de l’Université Internationale de Misr (MIU) et Aqua Park. Le parc est parfaitement aménagé avec des cafés, des bancs, des toilettes, des magasins de location de vélos, et une piste complète pour les courses de BMX.