Les statistiques, le pouvoir des données

Ingi Amr Mercredi 23 Octobre 2019-15:17:12 Chronique et Analyse
Les statistiques, le pouvoir des données
Les statistiques, le pouvoir des données

Pour bien décider il faut bien mesurer. Bien compter a toujours été une clé pour organiser la vie en collectivité. Notre existence moderne semble ne plus pouvoir se passer de statistiques. Les chiffres guident la plupart des décisions collectives, et bien des choix individuels.

 

C'est la Journée mondiale des statistiques. Une occasion pour jeter la lumière sur l'importance de celles-ci. Dans un monde en constante évolution, les statistiques viennent jouer un rôle clé.

Inflation, production et consommation, emploi, revenus et patrimoine, endettement et construction, croissance et compétitivité, natalité, espérance de vie, cotisations et allocations, recettes et déficits, fiscalité… Les chiffres sont toujours là pour nous guider. Pour bien décider, il faut d’abord bien mesurer. (Source deontofi.com)

Historiquement, les statistiques ayant d’abord été un instrument du pouvoir pour organiser la société, l’outil statistique public s’est naturellement imposé comme le producteur de données le plus important et le plus fiable dans tous les domaines,

Mais comment bien mesurer ? Que veut-on compter et pourquoi ? Avec quelle méthode ? La plus rapide ou la plus fiable ? Et comment lire les résultats ? Que veulent dire ces chiffres ? Que veut-on en faire ? Et comment mesurer l’efficacité des décisions qui seront prises sur la base de ces chiffres par rapport aux objectifs recherchés ? L’exercice est infini.

Les statistiques sont bien sûr une affaire de statisticiens. La rigueur de leurs calculs complexes requiert l’approche scientifique des experts de cette discipline. Mais les statistiques sont aussi l’affaire de tous les citoyens, car elles supposent des choix de société pour leur calcul, et en influenceront d’autres lors de leur utilisation.

La science des statistiques, discipline considérée à tort comme austère et réservée aux seuls experts, est au contraire au cœur même des questions que le simple citoyen pose au quotidien. (source leseco.ma).

Pedro Luis Do Nascimento Silva, président de l'Institut international de la statistique (ISI), affirme que «l'objectif est qu'à travers l'amélioration de la qualité des statistiques, on puisse améliorer la qualité de vie des personnes à travers le monde».

En outre, les statistiques peuvent jouer un rôle décisif dans un marché concurrentiel. Un effort est nécessaire pour la révision des instruments d'évaluation et d'analyse, de pouvoir cerner les tendances et les phénomènes économiques changeants.

Quelles sont les solutions pour que les  pays africains parviennent à améliorer la qualité de leurs statistiques afin d'être mieux outillés en termes de développement et de réalisation des Objectifs du Millénaire ?   
Selon Silva, le partage d'expérience est crucial pour accélérer la cadence en matière de production de statistiques de qualité. En effet, il y a un minimum de standards, mis en place par la commission des Nations Unies pour les statistiques, à respecter. Il s'agit de définir ce que nous mesurons, comment on le mesure, comment on communique sur les résultats. Ces efforts combinés de chaque pays permettent une compréhension mondiale des phénomènes.   

Comment les statistiques peuvent-elles améliorer la qualité de vie des personnes ?
Elles permettent d'abord de mieux cerner les problématiques. Si vous ne connaissez pas combien de pauvres vous avez dans un pays, il serait difficile d'imaginer des solutions appropriées. En l'absence de statistiques fiables, il serait alors compliqué pour les gouvernements de mettre en place des plans pour juguler cette pauvreté. Si, par ailleurs, nous ne connaissons pas le stock restant d'une ressource naturelle, l'on ne saurait décider de l'usage approprié pour la préserver le plus longtemps possible. Il y a un adage parmi les statisticiens qui consiste à dire que ce que vous ne mesurez pas vous ne pouvez le gérer.

 

Banques : Les statistiques, nécessaires

Faits ou données générés à partir d’un ensemble de données numériques, les statistiques sont très importantes pour les Banques Centrales. Le travail d'une Banque Centrale, qu’il touche à sa fonction principale de politique monétaire, à la stabilité financière ou à la surveillance bancaire, repose largement sur des statistiques de bonne qualité, qui sont indispensables pour prendre des décisions éclairées.

L’analyse des évolutions économiques, monétaires et financières préparée à l’occasion de chaque réunion de politique monétaire est un bon exemple de l’importance que revêtent les statistiques, non seulement pour la Banque Centrale, mais aussi pour les citoyens. Elles constituent un élément essentiel de la prise de décisions de politique monétaire et influencent les taux d’intérêt appliqués aux particuliers et aux entreprises. A ce titre, les statistiques peuvent jouer un rôle indirect dans la vie de nombreuses personnes.

Pour prendre les bonnes décisions, il est nécessaire de disposer de statistiques d’excellente qualité. Par conséquent, il est indispensable d'appliquer des normes strictes garantissant que les statistiques sont exactes, cohérentes, fournies en temps voulu et élaborées conformément aux normes internationales, sans aucune intervention extérieure. Cette indépendance permet d’en assurer la fiabilité et donc de renforcer la crédibilité des décisions de politique monétaire et la confiance en la Banque Centrale.

(source www.ecb.europa.eu)

 

La statistique, indispensable au développement économique

Les statistiques touchent tous les aspects de la vie moderne. Elles sous-tendent de nombreuses décisions des pouvoirs publics, des entreprises et des collectivités.  Elles renseignent sur les tendances et les forces qui influent sur notre vie.  

La statistique est indispensable au développement économique, y compris à nos efforts de réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement. Pour que les activités de développement donnent des résultats, il faut d’abord que des données statistiques sur la pauvreté, l’accès à l’enseignement et l’incidence des maladies soient réunies et analysées. Les statistiques sous-tendent presque tous les aspects des budgets et des programmes qui permettent de nourrir les enfants affamés et d’offrir un abri et des soins d’urgence aux victimes de catastrophes naturelles.

La Commission de statistique de l’ONU, créée en 1947, a arrêté des normes et des directives méthodologiques internationales dans pratiquement tous les domaines de la statistique. Elle a énormément aidé les Etats à renforcer leurs capacités d’établissement de rapports statistiques, grâce à quoi les données se rapportant aux différents pays et aux différentes régions sont plus nombreuses et plus aisément comparables que jamais.

Les statisticiens apportent du soin  à l’élaboration de leurs rapports et de leurs publications. Ces experts fournissent un service public essentiel, qui concourt au raffermissement de la paix et de la démocratie en mettant à la disposition du citoyen des renseignements fiables et objectifs sur la collectivité à laquelle il appartient. Les valeurs fondamentales qui les guident – dévouement, intégrité et professionnalisme – doivent leur valoir le soutien inconditionnel de toutes les nations. (Source ONU).

 

Le bonnes statistiques pour réduire la pauvreté ?

Les statistiques jouent un rôle crucial dans la lutte contre la pauvreté et pour le développement mondial. Elles permettent également de mesurer les progrès accomplis vers les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Comme les OMD ont pour principales cibles de réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim ; de diminuer le nombre d’enfants présentant une insuffisance pondérale et le pourcentage d’enfants, notamment des filles, qui ne sont pas scolarisés ; de réduire la mortalité infantile et maternelle et de stopper la propagation du VIH/Sida, les statistiques sont plus que jamais indispensables pour évaluer la réduction de la pauvreté.

Des statistiques fiables sont le reflet de la réalité au quotidien. Elles permettent de localiser les pauvres, de connaître les raisons de leur situation et à quoi ressemble leur vie. Cette information fournit les éléments nécessaires à l’élaboration et au suivi de politiques de développement efficaces. Elle fait ressortir les domaines dans lesquels les ressources sont les plus indispensables et offre les moyens de suivre les progrès et d’évaluer l’impact des différentes politiques mises en œuvre.

De bonnes statistiques améliorent également la transparence et la responsabilité en matière d’élaboration de politiques, deux conditions indispensables à une bonne gouvernance, dans la mesure où elles permettent aux électeurs de juger du succès de l’action engagée par leur gouvernement et de rendre ce dernier comptable de ses décisions.

Enfin, de bonnes statistiques sont essentielles à la bonne gestion des services sociaux de base. Mais alors qu’elles occupent une place plus importante que jamais, nombre de pays en développement n’ont toujours pas les moyens de produire, d’analyser et de faire usage de la variété de statistiques de la qualité requise pour soutenir un développement réel.

 Conséquence, l’élaboration des politiques en pâtit, les gouvernements ne peuvent être tenus comptables de leurs décisions et la pauvreté continue de sévir. Compte tenu de la pénurie de moyens observée dans les pays en développement, de bonnes statistiques s’imposent pour garantir une utilisation aussi efficace que possible des ressources disponibles affectées au développement.

 Les pays qui ont le plus besoin de statistiques sont également ceux pour lesquels elles sont le plus inaccessibles ; or l’investissement dans les statistiques sera plusieurs fois rentabilisé grâce à l’amélioration générale de l’affectation des ressources

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