C’est un jeu vidéo de combat qui a rendu accro toute une génération. Depuis l’été 2017, la folie «Fortnite» a déferlé sur la planète : 200 millions de jeunes gamers en ont perdu le sommeil, tous obsédés par leur désir d’être l’unique survivant sur une île déserte. Une addiction qui touche les élèves dès l’école primaire pour son côté fun et déjanté. Les champions rêvent d’une carrière et de fortune. Mais le vrai vainqueur reste l’américain Epic Games : en 2018, ses bénéfices se sont montés à 3 milliards de dollars.
Casque audio sur le crâne, micro en place, regard planté dans l’écran, Jarod, 13 ans, n’a pas quitté sa chambre depuis six heures. Il est plongé dans une bulle virtuelle, opaque aux novices. On est dimanche, il a la permission du week-end. Depuis le lancement de « Fortnite Battle Royale », l’adolescent a cumulé cinquante jours de jeu. « Je me suis pris… au jeu ! » plaisante-t-il. Il sourit, il a le regard doux. Personne ne devinera qu’il vient d’assassiner ses ennemis à coups de fusil à pompe. La guerre qu’il livre est une guerre de Bisounours. Ni violence ni giclées sanguinolentes. On se massacre avec amabilité, dans un décor bariolé où se planquent des lamas. C’est féerique, c’est joyeux… et à mille lieues des scénarios sombres, réalistes et ultra-violents des précédents « Call of Duty » ou « World of Warcraft ». A la mode « Fortnite », lorsqu’un ennemi trépasse, le vainqueur se trémousse sur des danses loufoques, singées des cours de récréation aux plus glorieux des terrains de football. Qui n’a jamais entendu parler du Floss, de la Fièvre disco ou encore du Tagada Hue ? Antoine Griezmann, par exemple, a fait du déjanté « T’as perdu » sa signature. Sur les terrains, ses mimiques et celles d’Umtiti, c’est du « Fortnite ».
Deux cents millions de personnes – tous âges, milieux et sexes confondus – ont été atteintes par la folie « Fortnite », soit presque autant que d’habitants au Brésil. Rien qu’en Europe, ce sont 3 millions d’adeptes qui se connectent chaque soir. « Fortnite » écrase ses rivaux, agrippe les foules jusqu’à devenir phénomène culturel et fait de société. Le principe, classique mais efficace, est compréhensible par tous : « Cent joueurs parachutés sur une île déserte doivent s’éliminer. Le survivant gagne », nous explique Charlie, membre fondateur de FFR Community, l’une des plus larges communautés francophones d’aficionados.