“L’ennemi invisible” a fait près de 90.000 morts aux Etats-Unis, ravagé l’économie mais aussi secoué la politique: à six mois de l’élection présidentielle, le coronavirus a brouillé les cartes, cassé les repères, indique l’AFP. L’affrontement pour la Maison Blanche entre Donald Trump, 73 ans, et Joe Biden, 77 ans, a pris une tournure inédite. Seule certitude, le virus meurtrier, qui a paralysé la campagne et rendu le candidat démocrate presque inaudible, accentue encore une tendance: le scrutin du 3 novembre sera un référendum sur M. Trump, son style, ses outrances. L’histoire, les sondages, l’avantage au président sortant, les grandes leçons sur l’importance de l’économie à l’approche du scrutin: c’est comme si plus rien n’avait de valeur. “Nous n’avons vraiment pas la moindre idée de la manière dont la dynamique va évoluer”, résume Christopher Arterton, professeur à l’Université George Washington, soulignant à quel point les grilles d’analyse traditionnelles sont inopérantes. Vivement critiqué pour sa gestion de la crise sanitaire et son manque d’empathie, navigant à vue dans une tempête économique à l’issue incertaine, Donald Trump a, depuis quelques jours, choisi une nouvelle cible: Barack Obama, l’un des grands atouts de son rival. La popularité de l’ancien président démocrate est au zénith, notamment auprès de l’électorat noir qui pourrait détenir les clés de la Maison Blanche. Le président américain promet ainsi une cascade de révélations sur ce qu’il a appelé “Obamagate”, une formule-choc en référence au Watergate à l’appui de laquelle il n’a cependant fourni aucun élément concret. “Votez”: c’est en appelant les démocrates à se mobiliser qu’a sobrement répondu jeudi Barack Obama sur Twitter. Fort d’un parti uni derrière sa candidature, Joe Biden mène devant Donald Trump depuis des mois dans les sondages. Encore échaudés par la victoire surprise de ce dernier en 2016 face à Hillary Clinton, les observateurs se gardent toutefois de se fier aveuglément aux sondages nationaux, dans un pays où la présidentielle se joue à l’échelle des Etats. Et où Donald Trump a pu gagner l’élection tout en perdant le vote populaire, dans ce mode de scrutin indirect. D’autant que Joe Biden ne suscitait déjà pas un énorme enthousiasme avant d’être bloqué chez lui par la pandémie. Vieux lion de la politique, apprécié de ses partisans pour son empathie et son côté chaleureux, le septuagénaire peu versé aux nouvelles technologies est privé de campagne sur le terrain. L’équipe Biden affirme déjà mener la bataille là où se jouera l’élection. Mais Joe Biden a beau multiplier les entretiens et tables rondes par visioconférence depuis sa maison du Delaware, sa voix a du mal à percer. Pire, s’il est finalement parvenu à faire les gros titres récemment, c’est en démentant catégoriquement l’agression sexuelle, qui remonterait à 1993, dont l’accuse une femme, Tara Reade.