Le Fanous, pierre précieuse du mois de Ramadan

Dr Nesrine Choucri Vendredi 18 Mai 2018-14:09:07 Chronique et Analyse
Le Fanous, pierre précieuse du mois de Ramadan
Le Fanous, pierre précieuse du mois de Ramadan

Qui dit Ramadan, dit aussi spiritualité. Ramadan est le mois de la spiritualité par excellence, le mois où l'on entend nuit et jour des versets coraniques répétés comme un message céleste qui rappelle aux fidèles les commandements d'Allah. Ce mois sacré a un goût singulier en Egypte. Rien ni les plats, ni l'ambiance, ni les décors sont pareils ailleurs.

En Egypte, on ne peut parler de Ramadan sans évoquer les «fanous», objet fétiche devenu depuis des siècles une partie indissociable du paysage ramadanesque. Déjà un mois avant le Jour J, des magasins dans les quatre coins du pays ont commencé à étaler des fanous, des guirlandes et des nappes à table, en somme, toute la décoration indispensable à créer une ambiance féerique.

Mais, quelle est donc l’histoire de cette lanterne magique qui fait rêver les enfants comme les adultes? Décoration incontournable, cadeau échangé entre amis et amants, le fanous a pris des formes variées au fil des siècles et des années. Au début de l’ère islamique, les premiers Musulmans utilisaient des lanternes pour éclairer leur route vers la mosquée pendant la nuit.

Certains linguistes assurent que le terme «fanous» vient de la langue grecque et il aurait pour sens «lumière» ou «clarté». Les versions autour de son utilisation pour célébrer le mois de Ramadan sont nombreuses. Mais, quelques versions sont populaires sans savoir laquelle est l’authentique. On dit qu’à l’arrivée des Fatimides en Egypte qui coïncidait au début du mois de Ramadan, les Egyptiens sont sortis des lanternes ou des fanous à la main pour les recevoir et à partir de ce moment, c’est devenu une tradition. D’autres racontent que les califes fatimides qui se déplaçaient pour voir le croissant de lune annonçant le mois de Ramadan, étaient accompagnés des enfants qui leur éclairaient le chemin par des fanous tout en chantant des chansons qui exprimaient leur joie. Une troisième version dit qu’un des califes fatimides a donné ses ordres pour que les imams de mosquée les illuminent tout au long du mois en posant un fanous sur ses portes.

Une quatrième version évoque que les femmes n’avaient pas le droit de sortir la nuit, sauf au mois de Ramadan. Pour alerter les hommes qu’une femme était de passage, un enfant portant une lanterne annonçait l’arrivée de la femme. Autant de versions qui viennent confirmer un seul élément: le fanous est apparu à l’époque fatimide et continue jusqu’à nos jours à illuminer les cieux du Caire durant trente jours de joie. Peu importe la vraie histoire, le fanous demeure un élément décoratif qui a une forte valeur affective auprès de la plupart des Egyptiens.

Les fanous ont pris des formes variées. Si dans le passé, ils étaient illuminés à la bougie, et faits en cuivre, aluminium ou bois, vers la fin des années 70, on voit les premiers fanous en plastique qui sont éclairés grâce à une pile électrique. Petit à petit, leur forme se transforme et avec la vague d’importations de la Chine, on a vu des fanous ou des lanternes atypiques qui rompaient avec leurs ancêtres et prenaient la forme d’un jeu ou d’un personnage célèbre: des acteurs, des footballeurs, etc… Beaucoup de voix se sont élevées contre ces fanous chinois. D’abord, ils portaient atteinte à une industrie ancestrale et ensuite, ils étaient également trop chers. C’est en 2015 que le gouvernement a décidé d’interdire l’importation de ces fanous «défigurés» et a relancé une industrie qui était sur le point de disparaître. A partir de ce moment, des formes égyptiennes et ancestrales ont commencé à s’imposer sur le marché, on a vu surtout des fanous en bois, d’autres en cuivre qui se sont imposés sur le marché. De vrais joyaux qui se trouvent dans les maisons et les magasins qui rappellent l’authenticité d’Egypte.

Qui de nous ne se rappelle du premier fanous qu’il a reçu durant son enfance. On l’a souvent regardé, admiré, contemplé, telle la lampe d’Aladin. On l’a frotté, regardé ses lumières et ses couleurs en espérant grandir et rejoindre le monde des adultes. Que de souvenirs défilent par notre esprit lorsqu’on voit à longueur de journée des fanous et des lanternes. Toute une enfance, une enfance sublime et inoubliable. Des soirées à chanter, à jouer et à vanter les mérites de sa lanterne. Et, quand on avait la chance d’en recevoir plusieurs, on les mettait les uns à côté des autres en vue de les contempler comme la robe de la fête.

Il ne faut surtout pas oublier que l’Egypte a exporté les fanous dans les autres pays arabes, en faisant un emblème du mois béni. Tels des pierres précieuses, les fanous du Ramadan scintillent dans les rues d’Egypte. Si le sapin de Noël réunit les fidèles, les lanternes donne une dimension très égyptienne au mois béni. La tradition veut qu’à l’arrivée des Fatimides en Egypte, ils ont été reçus par les Egyptiens qui sont sortis en plein nuit, des lanternes à la main. D’année à l’autre, le fanous devient un élément incontournable du mois saint prenant des formes et des couleurs variées.

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