Le Bambou, un décor de tout temps

Samedi 24 Mars 2018-18:44:25 Chronique et Analyse
Le Bambou, un décor de tout temps
Le Bambou, un décor de tout temps

Dans la foulée des conflits et des pressions de la quotidienneté, l'être humain, esquinté, se sent en besoin d'un moment de calme ou d'une escapade sereine. Moment qui lui signifie beaucoup, où l'âme humaine se mélange avec la création divine. Sourire pondéré d'un bébé, entrechoquement des vagues houleuses sur des rochers érodés, ciel étoilé et belle lune… Dans un certain cas, cette quiétude émane de l'innovation humaine qui fait rêver et inspire même. Quel moment agréable en écoutant un concert ou en regardant un chef-d'œuvre artistique, un bibelot de fer forgé ou en cuivre incrusté d'or ou une pièce décorative en Bambou!

 “Comment faire de la limonade citronnée un jus fortement sucré?''  Peut-être l'on se rappelle de cette citation en se baladant dans les belles rues du quartier du Ghamra où ce genre de meuble fait l'apanage de cette région du Caire. Sûrement, c'est un long trajet. Trajet qui transforme de simples feuillages en pièces décoratives de beauté extrêmement fascinante où l'authenticité et la modernité se mêlent ensemble dans un chef-d'œuvre extraordinaire.

Là, dans de larges ruisseaux à immense profondeur, les eaux brillent comme des perles en or. Les rayons du soleil s'infiltrent sereinement parmi les longs roseaux enchevêtrés se reflétant sur une eau devenue miroir. Là, bien que les précipitations ne cessent de tomber prêtant de vie à toute chose, l'on ne peut se défendre de s'enchanter.

Nous sommes au Sud ouest de la sphère terrestre, où se multiplient les immenses forêts de Bambou. Ne demandant pas trop mais portant autant, cette plante qui pousse spontanément a été découverte par les Chinois depuis plus de 7000 ans. La roue du temps tourne et des générations succèdent à des autres pour que les livres de l'Histoire racontent le conte d'une civilisation fondée au gré d'une plante sauvage.  Franchissant les frontières et traversant les montagnes pour arriver à l'Occident, le bambou s'est forgé par excellence une place clé dans l'univers des inventions. C'est de cet arbuste que se produit le papier, plus grand exploit de l'Humanité.

Le premier téléphone par Alexander Graham Bell a été fait de bambou, et Thomas Edison a utilisé un filament de bambou pour créer la première ampoule dans le monde. Nattes en bambou, des bols, des stores et des ornements sont également devenus populaires.

Aujourd'hui, l'utilisation du bambou a atteint les arts (sculpture, instruments de musique), les portes de la construction, planchers, maisons et même la médecine alternative (pousses de bambou et jus). Berceau de l'art et de l'esthétique, l'Egypte, depuis les temps des aïeux a trouvé dans la tige d' «Al Khayzoran», bambou en arabe, un accessoire et un ornement raffiné satisfaisant à tous les goûts.

Il suffit de faire le tour des rues d'Al Fostat ou du Vieux-Caire, fief de ce type d'artisanat, pour s'y prendre comment le bambou fit partie prenante de l'art islamique.

De nos jours, autant de ménages les privilégient aux immobiliers traditionnels qui ne prêtent rien de spécial aux domiciles. Si vous pensez à changer le décor de votre balcon, terrasse ou même jardin ajoutant une touche de qualité exotique, léger, différent et original, le bambou sera la meilleure sélection. Ça paraîtra comme roi garnissant chaque coin.

Ayant des doigts de fée et extrêmement doué, l'artisan égyptien a excellé sur lui-même. Ce métier qui pour lui ''la seule chose qui lui rattache à la vie'' et que lui a légué ses ancêtres, Am Ibrahim, artisan de bambou depuis plus de 57 ans, nous éblouit par sa dextérité en tractant et raccordant les bandes de bambou.

Purement artisanal, ce métier souffre du manque d'une main d'œuvre bien qualifiée. ''Notre commerce ne meurt jamais. Les touristes étant éprises du décor oriental et des antiquités, les hôtels de luxes et les cafés huppés s'empressent à en acheter pour leur faire plaisir'', explique Am Ibrahim.

Toutefois, cela ne veut point dire que cette activité est toujours en vogue étant donné trop liée à la floraison du mouvement touristique ou pas, soupire-t-il.

''Durant les quelques dernières années où le tourisme était en quelques sortes reculé, que Dieu ne préserve de tels jours, le commerce était tellement dormant que l'on n'arrive pas même à payer les salaires des ouvriers'', continue Am Ibrahim. Mais que fera-t-il devant le défi qui lui vient des pays de provenance?  Disons que c'est le problème le plus gênant qui se dresse devant le confectionneur du bambou en Egypte. ''C'est comme un nuage noir. On lutte pour pouvoir survivre et que ce commerce continue se dressant sur pieds et se léguant d'une génération à l'autre'', dit-il.

Fournisseurs prépondérants de la matière brute, vu les vastes forêts massives du bambou, les pays comme le Singapore et l'Indonésie haussent les prix du bois et se lancent dans la confection réduisant ainsi la chance devant le produit égyptien. Le ''Tronc de Bambou'', ce tronc énigmatique représente une source d'inspiration pour pas mal de penseurs dont l'écrivain koweitien, Séoud Al-Senoussi, lauréat du prix mondial pour le roman arabe.

N'ayant ni patrie ni race, cette plante répandue dans une grande partie du monde, symbolise ''José'' le héros du roman. Celui-ci souffre du rejet de la société koweitienne à son égard car il est le fruit de mariage d'un fils d'une grande famille koweitienne et d'une domestique philippine.

Ce roman était une traduction fidèle de la crise de l'identité et de la non-appartenance auprès des ouvriers asiatiques dans la société koweitienne.

Si le ''Tronc du Bambou'' désigne le héros de l'ouvrage, il était et reste encore le héros dans pas mal de légendes et de mythes dans certaines cultures des pays de l'Asie de l'Est. Chacun d'après son interprétation et son patrimoine. Symbole de longévité en Chine, d'amitié en Inde et de famine dans d'autres cultures.

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