La peinture, miroir de la société

Marwa Mourad Lundi 11 Novembre 2019-12:06:27 Chronique et Analyse
 Ragheb Ayad
Ragheb Ayad

Si l’Egypte antique est une civilisation ayant une grande tradition en matière d’architecture et de sculpture, elle a également développé l’art de la peinture murale dans les temples et les bâtiments ainsi que l’illustration des manuscrits  en papyrus. La peinture murale et la peinture décorative égyptienne est généralement graphique, parfois plus symbolique que réaliste. La peinture égyptienne se caractérise par des figures dont les contours sont très apparents comme dans la bande-dessinée, avec des silhouettes plates, dans lesquels la symétrie est une caractéristique constante.

 

La peinture égyptienne est étroitement liée à son langage écrit que l’on appelle les hiéroglyphes. Les Egyptiens ont également réalisé des peintures sur toile dont quelques exemples ont pu être préservées jusqu’à aujourd’hui. A l'échelle du monde arabe, Le Caire est un lieu de création et d'exposition contemporaine très dynamique. Photographie, peinture, sculpture. Une visite au Musée d'Art moderne permet d'avoir une rétrospective des artistes égyptiens des XIXe et XXe siècles. Suivez…

 

La première génération

Elle débute en 1908, avec l'ouverture de l'Ecole des Beaux-Arts de Darb el-Gamamiz, au Caire. En sortent Ragheb Ayad (1892-1982) qui représente principalement le peuple égyptien, l'homme de la rue avec sa spiritualité simple et sa foi du charbonnier.

Mahmoud Saïd(1897-1964) est un peintre issu de l'aristocratie alexandrine, et fut l'oncle de la reine Farida. Il suivit des études de droit en France, mais s'intéressa aux techniques de la peinture qu'il apprit sur place et elles lui permirent, en les adaptant à l'Orient, de marquer la peinture égyptienne de ses caractéristiques propres dont s'inspirèrent ses suiveurs. Il fut aussi un grand collectionneur dont les oeuvres circulent aujourd'hui lors des grandes ventes aux enchères.

 

La deuxième génération

Seif Wanly(1906-1979) et son frère, Adham Wanly (1908-1959) font partie de cette deuxième génération, qui s'exprime de 1920 à 1940 dans un contexte politique faisant surgir des clivages marqués par la création de l'URSS. Beaucoup d'entre eux ne survivent pas, artistiquement parlant, à ces luttes. S'ils n'ont pas suivi la voie royale des Beaux-Arts et furent un peu boudés par la critique, Seif et Adham Wanly restent les deux grandes figures de cette période troublée. Leur oeuvre, leur donne une place d'importance dans la création égyptienne. Seif Wanly fut un artiste particulièrement prolifique puisqu'il signa 3.000 peintures et 80.000 ébauches. Il est le peintre le plus copié des contemporains égyptiens.

On peut leur associer Effat Nagui (1905-1994), l'une des premières femmes à peindre en Egypte et à être reconnue pour son oeuvre.

 

La troisième génération et le Groupe d'Art contemporain

Ce groupe surréaliste, fondé en 1946 par Hussein Youssef Amine (1904-1984), est dominé par la figure du peintre Abdul Hadi El-Gazzar (1925-1965), considéré comme le plus grand peintre contemporain égyptien et le plus inventif. Il créa une école, le Groupe d'Art contemporain dont firent partie Youssef Kamel, Ibrahim Masuda, Al-Habshi, Mohammed Khalil et Ahmed Maher. El-Gazzar a successivement eu une période Shells, fortement inspirée de ses amis Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, une période où il a ensuite représenté le folklore de son pays, les moulids, avant de terminer sa courte vie artistique en peignant des sujets plus politiques. C'est lors d'un séjour en Italie qu'il réalisera de grandes oeuvres abstraites qui firent encore plus sa réputation de grand peintre égyptien. Hamed Nada (1924-1990) est également une grande figure de ce groupe marqué par le surréalisme, lui, le fils d'un cheikh issu d'un quartier populaire du Caire. Dans les années 1940 et 1950, il représente la société du Caire avec réalisme, appuyant sur les inégalités, les corps difformes, lourds. Il reviendra au style de Ragheb Ayad à la fin de sa vie. Sans faire partie du Groupe d'Art contemporain, la peintre Inji Efflatoun (1924- 1989), poursuit sa carrière d'artiste reconnue en parallèle.

 

Les modernes

Georges Bahgoury(né à Louxor en 1932) a été diplômé des Beaux-Arts de Paris et du Caire. Il est l'un des plus importants peintres du moment. C'est aussi un caricaturiste aimé en Egypte, où cet art est particulièrement prisé par les lecteurs des journaux.

Farouk Hosny(né à Alexandrie en 1938) fut le ministre de la Culture de 1987 à 2011. Peintre de formation, il a été attaché culturel à l'ambassade d'Egypte en France en 1971, puis de l'Académie égyptienne de Rome en 1979. Il est l'une des figures de l'art moderne actuel en Egypte.

Chant Avedissian(né au Caire en 1951) s'est fait connaître par le montage graphique de personnages majeurs de l'histoire contemporaine égyptienne des années 1950, un peu glamour et des impressions de tissus. Depuis, sa carrière internationale se poursuit avec beaucoup de brio (site Internet : chantavedissian.com).

Nazli Madkour(née au Caire en 1949) est l'une des figures féminines de la peinture contemporaine égyptienne (site Internet : www.nazlimadkour.com).

Isaac Fanous(1919-2007) n'est pas un peintre comme les autres puisqu'il fut l'un des plus grands iconographes du XXe siècle, dont on peut voir des oeuvres dans la cathédrale copte catholique.

Mentionnons aussi le travail remarquable d'Anne du Boistesselin, peintre française installée au Caire depuis 2002, et dont l'approche pop up du Caire présente un grand intérêt artistique.

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