Hosni et Abdel-Halim, des figures éternelles du romantisme du cinéma égyptien

Dr Nesrine Choucri Mercredi 27 Juin 2018-14:20:01 Chronique et Analyse
Hosni et Abdel-Halim
Hosni et Abdel-Halim

Chatoyante, belle, heureuse, triste, différente, Soad Hosni est décédée le 21 juin 2001. Dix-sept ans déjà se sont écoulés depuis sa disparition tragique. Soad Hosni demeure la cendrillon du cinéma égyptien et arabe. Nul ne peut nier qu’elle continue à inspirer plusieurs générations de téléspectateurs.

Brunette, son charme a su capter tout le monde. Adulée du grand public, nul ne peut oublier ses films. Des films qui peuvent être compris à plusieurs niveaux. Des films comiques et lights qui font rire, mais qui sont en réalité de «véritables films de critiques sociales». La liste est longue comme «Le mariage à la façon moderne» qui critique les mariages arrangés ou communément appelés «mariages de salons» dans la société égyptienne.

Quand on parle d’elle, c’est qu’on évoque une vraie actrice engagée qui a lutté contre les inégalités sociales et qui a plaidé pour la Révolution de 1952. Mais qui est donc cette femme?

Soad Hosni est issue d'un milieu populaire. Son père, d'origine syrienne, exerçait au Caire le métier de calligraphe. Elle débute au cinéma à l'âge de 15 ans en tenant le rôle principal dans une comédie musicale d’Henri Barakat intitulée Hassan et Naïma. Au début des années 1970, elle devient célèbre dans tout le monde arabe grâce à Méfie-toi de Zouzou, une comédie musicale du cinéaste. Hassan Al-Imam, dans laquelle elle interprète le rôle d'une universitaire militante. Soad Hosni, surnommée «Cendrillon de l'écran arabe», devient l'une des actrices emblématiques du  "cinéma égyptien et tourne une centaine de films en trente ans. Vivant à l'heure du  “nassérisme et du  "panarabisme  laïque, elle était pour de nombreux Egyptiens et Arabes le symbole du changement et le visage de la modernité.

Souad Hosni est la demi-sœur de la chanteuse Nagat El-Saghira. L'actrice s'est mariée à plusieurs reprises, mais n'a pas eu d'enfants. Elle épouse le réalisateur Salah Karim en 1966, puis partage la vie d' Ali Badrakhan durant plus de dix ans. Elle se remarie avec l'écrivain Maher Awwad en 1984. Malgré une idylle de plusieurs années, l'acteur  Abdel Halim Hafez refuse de l'épouser.

Depuis la fin des années 1990, l'actrice vit à Londres, où elle est traitée pour des douleurs au dos. Elle s'efforce également de soigner sa dépression. En juin 2001, elle chute du sixième étage et se tue. La télévision égyptienne interrompt ses programmes pour annoncer sa mort. Des milliers d'Egyptiens assistent à ses funérailles. Même si la thèse du suicide est évoquée, les circonstances exactes de sa mort ne sont pas élucidées, et des rumeurs de meurtre commencent à circuler. Sa sœur Janja est persuadée que des membres du gouvernement sont responsables de sa mort et dépose une plainte. En 2013, le juge chargé de l'affaire la classe par manque de preuves.

On ne parle de Soad Hosni sans citer celui dont le nom s’est beaucoup mêlé au sien. Il s’agit d’Abdel-Halim Hafez. Les rumeurs ne les ont épargnés. Ils auraient vécu une idylle. Nul ne peut le savoir. Sur toutes les stations radiophoniques ainsi que sur les chaînes télévisées, Abdel-Halim est ressuscité, on entend sa voix suave et romantique qui rappelle que l’amour existe encore. En effet, le 21 juin est l’anniversaire de sa naissance. Des chansons défilent sur les chaînes à longueur de journée. Et, Le Caire imbibé de fatigue, en proie aux maux du monde moderne, arrête pour un moment son rythme diabolique quotidien. Il y a plus important: l’amour est dans l’air. L’amour authentique des années 60 avec la douce voix d’Abdel-Halim Hafez, celui qui a été aussi nommé le chanteur de la révolution en référence à la Révolution de 1952.

Mais qui est donc cet homme qui demeure vivant et aimé dans l’esprit des Egyptiens? Abdel-Halim Hafez ou Holoum de son vrai nom Abdel Halim Chabana. Né le  21 juin 1929" 1929 à Al-Hilwat  à Al-Charqyiah en  Egypte.

Très populaire dans le monde arabe des années 1950 jusqu'aux années 1970, il fut surnommé par les médias arabophones «El-Andalib El-Asmar» (le rossignol brun). Considéré comme l'un des plus grands chanteurs et acteurs de comédies musicales arabes des années 1960 il continue de marquer fortement l'histoire du chant oriental.

Quatrième enfant du cheikh Ali Ismaïl Shabana, orphelin, il est recueilli par son oncle vivant au  Caire. Il se fait remarquer pour ses talents musicaux dès l'école primaire et étudie la musique auprès de son frère Ismaïl, son premier professeur de chant. En  H1940, à l'âge de 11 ans, il est reçu à l'Institut de musique arabe du Caire où il se distingue en interprétant à merveille les œuvres de Mohammed Abdel Wahab. Il ressort avec un diplôme de  hautbois et un certificat d'enseignement en 1946.

Remarqué très jeune dans les clubs du Caire où il chante régulièrement, il rencontre son premier succès à la radio qui l'avait initialement embauché comme musicien.

Il devient peu à peu l'un des plus célèbres et des plus populaires acteurs et chanteurs de sa génération: grâce au développement des comédies musicales égyptiennes, il s'impose rapidement dans des personnages d'amoureux sensibles et romantiques occupant dans le cinéma et la chanson arabes un rôle original.

Contemporain de géants tels qu’Oum Khathoum,  Mohammed Abdel Wahab, et Farid El-Atrache, il s'est détaché d'eux en apportant un nouveau souffle au «tarab» -art de la chanson. Alliant à la fois une fidélité à l'esthétique arabe traditionnelle ainsi qu'une grande modernité dans son chant (inspiré des techniques dites de «crooner») et dans sa tenue sur scène, très stylée et rappelant la classe d'un Sinatra, il a su littéralement créer un style qui fit école et qui forma une sorte d'archétype considéré aujourd'hui comme un modèle pour de nombreux artistes.

On le voyait décontracté et souriant sur scène, conduisant rigoureusement son orchestre (de plus en plus étoffé) dans des parties instrumentales de plus en plus nombreuses que lui proposaient ses compositeurs trouvant dans ses chansons des sortes de laboratoires où ils pouvaient s'adonner à toutes les audaces esthétiques modernes -opérant des synthèses entre l'art arabe traditionnel et l'influence occidentale. Cet amour de la scène et du public, rompant avec l'attitude crispée de certains de ses concurrents, est l'une des raisons de son exceptionnelle popularité. Mais ses performances scéniques et cinématographiques pleines de passion restent impressionnantes et touchantes, en partie à cause du fait qu'Abdel Halim souffrait en réalité continuellement: il était atteint de la bilharziose depuis son enfance. Parmi ses inoubliables concerts, on note une prestation au Palais des Congrès de  Paris en  1974. Sa dernière apparition sur scène remonte à mars 1976, peu avant son décès alors qu'il préparait l'interprétation de «Min ghir lih». Abdel Wahab n'a voulu donner cette chanson à personne d'autre, et l'a chantée en son honneur en  1990.

Ses principaux collaborateurs furent Mohamed Al-Mougy et Kamal Ettaouil (ses vieux amis), Abdel Wahab, et d'autres artistes importants dans l'histoire de la musique arabe du xxe siècle tels que  " Baligh Hamdi, Mohamed Hamza ou le poète  " Nizar Qabbani. Poètes ou compositeurs, ils furent nombreux à apporter leur contribution dans l'énorme succès de Halim. Celui-ci, après avoir gagné sa popularité grâce à des chansons courtes et gaies, chantées le plus souvent dans ses films, interpréta ensuite des œuvres considérées aujourd'hui par une bonne partie du public comme ses plus grandes réussites: les chansons longues (ou fleuves). A l'instar d'Oum Kalthoum, Abdel Halim a, à la fin de sa vie (début des années 1970), interprété plusieurs compositions qui duraient entre 30 minutes et une heure (MawoudHawel teftekerniAy dameet hoznQariat Al-fingan, etc.), et ce, sans compter les improvisations sur scène. Ces chansons longues d'une très grande richesse et d'un raffinement musical immenses, en plusieurs parties, dont la structure s'inspire des opéras ou des poèmes symphoniques occidentaux et dans lesquelles il mettait toute sa passion et son énergie, marquent l'apogée de cet artiste, et en même temps l'apogée de la chanson arabe du xxe siècle.

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