Harcèlement scolaire: Comment briser le silence

Nevine Ahmed Vendredi 16 Novembre 2018-19:28:51 Chronique et Analyse
Harcèlement scolaire: Comment briser le silence
Harcèlement scolaire: Comment briser le silence

L'ampleur du phénomène pose la question de l'efficacité des mesures annoncées et prises par les responsables. Agir contre toutes les formes du harcèlement à l'école vise au prim abord à briser le silence.Les communautés scolaires et les parents, qui en sont partenaires, ont récemment organisé des événements sous des formes diverses, à l’échelle locale. D'autres actions d’envergure sont également proposées à l’échelle académique.

"Je ne veux plus aller à l'école",  "je n’aime pas l’école", "je préfère prendre un plus long trajet qu’à passer par cette rue", qu'y a-t-il derrière ces expressions remplies de peur et d’angoisse ? Une maman assiste souvent à cette scène: le matin, de bonne heure, son enfant fait la tête. Il refuse de se lever pour aller à l'école. La pauvre maman ne comprend pas pourquoi son petit s'entête à ce point, et le grognement de l’enfant s'accentue jour après jour. Il arrive souvent qu’on néglige des signes indicateurs, car on sous-estime en réalité les expressions de refus de nos enfants. On tend régulièrement à rattacher leur grommellement au réveil à un terrible cauchemar ou au fait de s’être mal endormi.

Rares seraient les mamans qui vont prendre au sérieux les fredaines enfantines, en calmant son petit, lui donnant un câlin. Puis, discuter avec lui des raisons de vouloir quitter l’école.

Pas mal d'enfants sont exposés, chaque jour, à de différentes formes de violence, de harcèlement et de brutalisation.

Le harcèlement à l’école peut aller du vol de goûter ou des moqueries aux insultes, brimades ou menaces, jusqu'aux coups, au racket, etc.

Et avec le développement des nouvelles technologies de communication (téléphones portables, réseaux sociaux numériques), le harcèlement se poursuit désormais en dehors des établissements scolaires. Ce cyberharcèlement peut prendre la forme d'insultes et de moqueries, mais aussi de propagation de rumeurs, de piratage de comptes et d'usurpation d'identité digitale, de publication de photos ou de vidéos de la victime en mauvaise posture.

Lutter contre les formes de violence- psychique autant que physique- en milieu scolaire, est devenu une tendance nationale, après que les différentes parties- parents, élèves et établissements scolaire ont reconnu la nécessité de mener une action spécifique contre ces genres de violence.

Le ministère de l'Education a annoncé l'adoption d'un certain nombre de démarches, impliquant tous les responsables pédagogiques pour les former à confronter le problème du harcèlement scolaire.

Le ministère estime qu'un certain nombre d'écoliers et de collégiens rencontrent des problèmes de harcèlement. Aussi louables soient les objectifs de ces campagnes de sensibilisation et de prévention, les chiffres avancés posent donc la question de leur efficacité face à un phénomène insidieux amplifié par les réseaux sociaux.

Les parents, pour leur part, sont unanimes que la nécessité de lever le tabou sur cette forme de violence et de brutalisation, qui jusqu'à un temps très proche, passait à bas bruit.

Plusieurs mesures sont possibles. Soit des sensibilisations au niveau des enfants, via des dessins animés par exemple, que des enseignants à travers des séminaires de formation, ou peut-être une capagne télévisée serait efficace, en prodiguant des conseils, aux élèves, aux familles, aux enseignants et également aux témoins, qui restent le plus souvent silencieux.

Un des signes les plus courants pour détecter si votre enfant est victime de harcèlement, serait le changement de comportement à la maison.

Des enfants habituellement plutôt gentils et doux deviennent colériques, moins sympas avec leur famille. Souvent les parents se trompent et mettent cela sur le compte, comme déjà signalé, à d’autres raisons non pertinentes. En fait, l’enfant harcelé décharge sa colère au sein de sa tribu, car c’est sans risque pour lui.

D’autres signes doivent aussi alerter, comme un décrochage des notes, un comportement taciturne mais aussi des maux du corps, le plus souvent une crise soudaine de diarrhée, mal au ventre le matin, des nausées…

Le harcèlement scolaire est souvent le principal accusé, sinon le seul. Etre victime de harcèlement détruit l’élève de l’intérieur. Même si l’enfant ne subit pas de violences physiques, il suffit de se moquer de lui en plein cours pour qu’il déteste rejoindre l’école les jours suivants.

Le harcèlement est facteur de décrochage scolaire, comme déjà souligné. Mais les violences peuvent également avoir des conséquences graves en termes de santé mentale des enfants, avec perte de confiance, troubles psychologiques et dépression.

Le harcèlement a plusieurs types. Si l’agression physique est la plus douloureuse, le chuchotement railleur, le regard pernicieux, l’exclusion discriminatoire, les remarques obscènes et les injures grossiers ne sont pas moins ulcératifs. Ils sont de même plus fréquents en milieu scolaire. Le bourreau croit en sa supériorité face à sa victime qu’il considère faible, timide et incapable d’agir. Ayant un caractère dominant, il cherche constamment à faire la loi, coinçant sa victime apeurée dans des situations intimidantes. Dans les toilettes, dans une rue étroite sans issue, au fond de la classe vide, dans un coin retranché de la cour, les endroits là où il peut bomber le torse en violentant sa victime sont nombreux.

Il faut tout d’abord rassurer votre enfant, ne serait-ce en le prenant tendrement dans vos bras. Rassurez ce petit être chétif dont vous êtes la source principale de sécurité. Une maman sage connaît comment le pousser à tout déballer, sans crainte ni détour. Une fois qu’il va se sentir en sécurité, le stress et la peur se dissiperont. A ce moment, le petit sera prêt à tout raconter pour surmonter ses peurs et chercher du secours auprès de sa protectrice, sa salvatrice, que vous êtes.

La maman doit lui apprendre les secrets d’avoir une peau dure, car la vie est plus dure encore. Il faut armer son enfant de la confiance en soi, et d’un bon savoir-faire qui lui serait utile pendant toute sa vie, en adolescent et en adulte.

Il faut donc aider la victime de harcèlement à ne plus se laisser faire, en l’incitant à résoudre elle-même ses problèmes. En l’aidant à utiliser ses propres armes, on la fortifie.

C’est en parlant le plus possible qu’on luttera le plus efficacement contre le harcèlement à l’école, constatent les sociologues.

D’ailleurs, une question s’impose. Existe-t-il un profil d’enfant à risque ? Selon certains sociologues, non. C’est juste une vulnérabilité repérée par les harceleurs à un instant t. L’enfant harcelé n’est pas forcément gros, roux ou encore mal habillé !

Parfois, c’est un/ une enfant qui a tout pour plaire ! Intelligent, charmant, doué, vêtements à la mode, bonne conduite…etc. Alors aux parents de rester très attentifs à tout changement, minime soit-il, dans le comportement de leur cher être pour réussir à détecter s’il est victime de harcèlement.

La meilleure technique serait, recommandent les experts, de ne point dire  « arrête ». L’idée est d’utiliser la méchante force du harceleur dans un effet boomerang afin qu’il ne tire plus des bénéfices à harceler, mais plutôt des risques. La victime doit priver son bourreau du plaisir de lui faire subir du mal. En se montrant impassible, indifférent à sa méchanceté, le harceleur finira par renoncer à sa proie. Il partira sitôt à la recherche d’une autre victime moins tenace qui satisfera ses pulsions malveillantes.

Un harceleur est souvent un leaderentouré de suiveurs. Il faut que l’enfant harcelé réussisse à analyser son talon d’Achille pour qu’il puisse travailler à une riposte sur mesure visant à désamorcer définitivement les attaques. Bien ciblées, ces « flèches » sont généralement efficaces et les harceleurs ne prendrontplus le risque de perdre la face ni le temps d’abuser une personne imperturbable. Le harceleur va finalement découvrir qu’il n’est pas tout puissant.

Le harcèlement n’est pas confiné derrière les murs d’un établissement scolaire. On croise des harceleurs partout dans la rue, au boulot dans les moyens de transport voire sur les réseaux sociaux ! Le mal est facile à faire mais yriposter demande un certain tact, une débrouillardise. Ce que les sociologues conseillent aux enfants pour se sortir indemnes d’une situation intimidante, valent aux personnes adultes.

La meilleure intervention face à un harceleur, est l’indifférence. Il faut s’entraîner chez soi à décocher sa fameuse « flèche », celle de la froideur et de l’impassibilité. Changez d’attitude face à votre bourreau : regard droit dans les yeux, posture confiante, votre harceleur sera certes découragé ! Sur les réseaux sociaux, si vous ne recourez pas au « blocage », tournez en dérision les méchants commentaires que vous recevez, ou plus simplement faites comme si vous n’avez rien vu, rien lu, rien reçu ! Soyez sûrs, votre arme de mépris et de négligence remettra votre harceleur à sa place.

Ce qu'il faut faire : la sensibilisation du grand public, la formation des professionnels pour permettre une détection précoce des situations, une meilleure prise en charge des victimes et des groupes d’élèves impliqués et une prévention au service de l’amélioration du climat scolaire, voilà en bref comment il faut agir face à ce phénomène.

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