Femme et confinement, du pire vers le meilleur

Walaa Al-Assrah Samedi 04 Avril 2020-22:08:08 Femme
Femme et confinement, du pire vers le meilleur
Femme et confinement, du pire vers le meilleur

Être confinées, pour les femmes, cela signifie aussi être débarrassées des regards qui, chaque jour et depuis toujours, se posent sur leurs corps dès lors qu’elles sortent de chez elles", écrit une philosophe féministe.

Être confinées, pour les femmes, cela signifie aussi être débarrassées des regards qui, chaque jour et depuis toujours, se posent sur leurs corps dès lors qu’elles sortent de chez elles. Si nous prenons soin de nos apparences, c’est parce que nous savons que, dans le monde, nous serons regardées, c’est que nous avons intériorisé ces regards d’hommes, mais aussi de femmes, qui jaugent et critiquent. Tous nos efforts pour paraître au mieux s’expliquent par l’impossibilité de faire abstraction de cette scrutation.

Eh bien la bonne nouvelle, c’est que nous en sommes débarrassées ! Dès lors, rester chez soi, c’est aussi pouvoir faire enfin de nos corps ce que nous voulons, à distance des prescriptions commerciales. Chacune fera comme bon lui semble. Certaines profiteront de l’occasion pour ne plus porter les talons, jupes qui les entravent ; d’autres cesseront de se maquiller, de s’épiler ou de se tartiner de crèmes de perlimpinpin ; d’autres encore voudront maintenir leur routine quotidienne, voire l’augmenteront de ce qu’elles n’avaient pas le temps de faire, des masques capillaires, des séances de yoga.  Dans tous les cas, et c’est ce qui importe, nous voilà allégées du poids des sommations extérieures, libres de nous présenter à nous-mêmes comme nous le souhaitons. Nos corps pourraient bien, pour un temps, vraiment nous appartenir.  

 

Si l’on réfléchit au confinement dans une perspective féministe, on est d’abord saisi d’un vertige à l’idée de toutes ces femmes qui vont subir la double, voire la triple peine, ces femmes isolées, sans abri et/ou victimes de violences conjugales. Vulnérables et déjà menacées, elles sont en première ligne de la pandémie. Il y a celles qui n’ont même pas de chez soirester et qui errent dans les villes désertées. Il y a celles qui se trouvent désormais à la merci permanente des hommes violents et qui ne peuvent plus compter sur les dispositifs d’aide dont on réduit la voilure. Il y a celles qui élèvent seules leurs enfants et qui se trouvent à devoir les occuper sans l’aide des fabuleux outils numériques dont les plus favorisés disposent. 

Et puis il y a toutes ces autres à qui on demande de continuer à travailler au risque quotidien de l’infection : les soignantes, les auxiliaires de vie, toutes les travailleuses de l’aide à la personne, mais aussi les ouvrières et, bien sûr, les caissières. Autant de métiers dévalorisés dont on semble découvrir l’importance vitale sans pour autant assurer la sécurité de celles qui les exercent. Qui portera la voix de ces femmes que l’on n’entend jamais ? Combien de temps à attendre avant que les décisions qui s’imposent soient prises, notamment par le ministère dédié ?

À un deuxième niveau, moins dramatique, le confinement nous invite à considérer cet immense bouleversement des rapports de genre que nous vivons à l’échelle de la société tout entière : des millions d’hommes sont appelés à rester chez eux, confinés dans cette sphère domestique à laquelle les femmes ont été assignées depuis l’aube des temps. Ce très soudain retournement de situation produira des effets. Car ce dont les hommes vont s’apercevoir très vite, c’est que le soin aux enfants, les tâches ménagères et la préparation des repas pour toute la famille, tous ces impératifs du quotidien qui sont largement assumés par les seules femmes pèsent d’un poids vraiment très lourd.


Le confinement a généré un grand chambardement de nos emplois du temps synonyme d’une réflexion sur la distribution des rôles de genre et d’âge.
Et puis, un autre niveau de réflexion, il y a un domaine où les choses me paraissent pouvoir changer de façon certaine.

 

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