Dix ans depuis son départ: Hommage à Chahine.. La capacité prédictive

Test Acount Vendredi 28 Septembre 2018-14:58:02 Art

Dans le cas de Chahine, nous pouvons ajouter aux paroles du grand poète Abdel Rahim Mansour « et le cinéma renaît », ces mots reflètent d’une manière profonde la production cinématographique de Youssef Chahine. Ses proches, dans leurs témoignages, articles, colloques ou leurs réunions publiques, ont confirmé que le film réalisé par Chahine est né grâce à la souffrance intellectuelle des auteurs, musiciens, scénaristes et autres membres de l'orchestre du film, ainsi que du maestro “Joe”.

Préparé par : Hassan Ghazaly

 

Dix ans depuis le départ de Chahine, cette personne controversée qui a toujours jeté une pierre dans l'eau stagnante. Dans le livre intitulé «La salade de cinéma..La salade de la censure» écrit par Amal Al-Aryan, émis par l'agence de la presse arabe en 1999, Chahine révèle : « Je ne veux pas que mes films soient une sorte de drogue, qui divertit le public pendant deux heures, mais ce que j’essaie de réaliser à travers mes films est que le spectateur, en sortant de la salle de cinéma, pose dans son esprit la question suivante : « Quel est le message que cet homme veut transmettre ? » Personnellement, je cherche la réponse de cette question dans tous les œuvres que je présente. Je suis tout à fait dédaigneux des opérations de lavage de cerveau auxquelles une génération entière est exposée pour que la personne soit prête à accepter n'importe quelle idée ou à exécuter, sans réfléchir, toute action demandée. Il est donc devenu normal d’attendre l'attaque à tout moment et sur tout le travail que je présente, et il semble que la question ne se limite pas à Chahine uniquement, mais c’est la tragédie de la créativité libre en général, il y a une classe qui refuse l'illumination et refuse de s’adresser aux esprits ; cette classe veut que les créateurs ferment leurs bouches et demande aux personnes comme moi de présenter un art à faible niveau pour  satisfaire les désirs et chatouiller les émotions … mais je continuerai à présenter des œuvres qui correspondent à mon esprit et à ma formation. "

Les orientations de Chahine

Bien que Chahine ait étudié les arts et le théâtre aux États-Unis – à l’Institut de Pasadena Playhouse - mais ce qu’il a révélé à propos de sa connaissance des arts en général et du cinéma en particulier, souligne que ses études au pays des Yankees n’ont pas eu un impact sur lui, mais il a absorbé la méthodologie des arts là-bas et en a fait l’un des outils qui l'aide à exprimer le contenu de ses orientations économiques et sociales loin de la philosophie du cinéma américain.

Le cinéma aux États-Unis est classé explicitement comme un divertissement à but lucratif, contrôlé par les grandes sociétés de production qui font du film une marchandise et du spectateur un consommateur. Dans le cinéma américain, les désirs et les instincts sont maximisés avec une forte intensification des scènes d'action. Cela, donc, détruit toute occasion de réfléchir à que ce soit au niveau du cadre ou du contenu, et redimensionne de manière significative le rôle du réalisateur, à l’inverse de la perception-cinéma européenne bien connu pour  le cinéma de l’Auteur, qui est la forme la plus proche à la production cinématographique de Chahine, où le rôle principal est celui du réalisateur, à la fois dans le texte, le dialogue, la musique et autres, ce qui vous fait sentir que Chahine laisse une partie de son esprit dans chaque film.

À cet égard, l'auteur Ahmad el-Khamesi explique, dans l'article intitulé “Image honnête", publié dans le 15ème numéro du magazine “le Film”, les orientations gauchistes au sens large sans se limiter aux divisions idéologiques. Le réalisateur Samir Seif a affirmé que Yousef Chahine a été influencé par le style visuel du réalisateur gauchiste américain, Elia Kazan, et a ensuite établi des liens étroits avec Abdel Rahman Al-Sharqawi, Hassan Fouad, Salah Jahin, Lotfi Al-Khouli et Abdel Rahman Al-Khamisi.

La capacité prédictive de Chahine

Les arts ont plusieurs rôles, y compris celui qui incite, divertit, sensibilise, critique, et expérimente, mais dans le cinéma de Youssef Chahine, nous trouvons – au-delà de tout doute -  que la prévisibilité joue un rôle d’avant-garde, Chahine est un bon lecteur de l'histoire et un analyste de la réalité sociale. Quand on regarde la dernière partie de son deuxième film, le “Fils du Nil” 1951, nous voyons des message implicites incitant le spectateur à analyser la réalité douloureuse des Égyptiens, révélée grâce à des images réalistes d’archives concernant l’inondation, une réalité qui prendrait fin plus tard grâce aux projets de révolution économique et sociale, comme indiqué dans son film “les gens et le Nil” après environ 17 ans.

Chahine a défendu le mouvement des officiers libres et il l’a considéré comme un mouvement révolutionnaire. Il a reflété ce point de vue au moyen du récit cinématographique dans le film “Femmes sans Hommes” 1953, lorsqu’il a présenté le futur en conflit entre la génération révolutionnaire et la génération réactionnaire, qui a pris fin en faveur de la génération révolutionnaire - ce qui est vraiment arrivé en réalité - qui représente la rénovation, ensuite figure le film “Conflit dans la vallée” 1954, qui traitait la brutalité et la corruption de la féodalité agraire dans une période historique qui a coïncidé avec la publication et la mise en œuvre des résolutions de la réforme agraire révolutionnaire le 9 Septembre, 1952 et plus tard connu comme “la fête du paysan”, ce sont des résolutions portant des slogans de progressisme naissants, plus tard connu comme le nassérisme, dont les objectifs les plus importants sont l'élimination du féodalisme et que "Ni la pauvreté ni la richesse ne devraient être héritées” , ces résolutions se sont heurtées à la résistance des forces réactionnaires, mais la voix de la révolution était comme le rugissement.

Chahine a abordé la même question dans un chef-d’œuvre du cinéma égyptien « La terre » 1969, où Chahine avait une vision de l’avenir du retour de la féodalité à nouveau après la mort de Gamal Abdel Nasser, ce qui est vraiment arrivé lorsque le président Sadate a promulgué la loi 69 de 1974 qui constitue une violation flagrante des profits économiques et sociaux du paysan. Son film “Gare centrale” 1958 a abordé les droits économiques et sociaux gaspillés des ouvriers et leur droit à une vie décente. A la suite du film, Gamal Abdel Nasser a adopté les résolutions concernant l’assurance sociale et l’assurance médicale et a promulgué la loi de l’Institution culturelle internationale en décembre 1960, visant le développement durable et l'investissement dans la classe laborieuse et encore moins autonomiser les ouvriers au sein des conseils d'administration des entreprises et des usines.  Son film “le Moineau” 1972 prévoit d’une manière vive la guerre, reflétée dans l’affiche du film qui présente l’actrice Mohsena Tawfik courant vite en criant “ Nous nous battrons”. “Le retour de l’enfant prodigue” 1976 prévoit le coup d'Etat contre les profits de l'époque nassérienne et l'affaiblissement des institutions laborieuses qui se sont épanouies comme l'un des acquis de la révolution de 1952. Dans ses deux films “Le destin” 1997 et “L’Autre” 1999, Chahine prévoit le rôle des mouvements religieux radicaux ,le lavage et l'absence des esprits des jeunes et les tentatives de faire taire la voix de la créativité, ce qui s’est produit en réalité avec Naguib Mahfouz. Le rôle du  chanteur marocain Marwan, joué par le grand chanteur Mohamed Mounir, est mis en lumière dans le contexte dramatique du film “Le destin”. Enfin, son film “Le chaos” 2007 représentait une répétition de Janvier 2011.

Il est à noter que Youssef Chahine a été absorbé par la réalité égyptienne depuis le début de sa carrière, puis il s’est immergé dans la situation nationale en tant qu’un résultat normal de la marée politique égyptienne à cette époque, jusqu’à son film documentaire « Lancement » 1974 en faveur des forces armées égyptiennes. Or, depuis la seconde moitié de la décennie soixante-dix, Chahine a commencé à retirer ses projets techniques sur les questions publiques populaires pour s’occuper des sujets plus personnels, à titre d’exemple son travail sur la première partie de son curriculum vitae au nom de « Alexandrie» 1987. L’explication convaincante pour cela  est que Youssef Chahine, comme beaucoup de gens dans sa génération, a senti la défaite du projet national ainsi que les signes de processus de paix politique injuste inhérente à un projet économique qui élimine les acquis sociaux pour lesquels il a toujours lutté, ce sont les indicateurs et les politiques qui ont conduit à des migrations de masse aux États du Golfe et à l'Europe.

Les pensées renouvelées de Chahine

Celui qui suit les bandes-annonces des films de Youssef Chahine est pleinement conscient de la richesse artistique dans ses bandes-annonces, et comment cet homme se renouvelle comme le pompage du sang neuf grâce à ses pensées diversifiées. Nous trouvons au niveau des auteurs: Naguib Mahfouz, Hassan Fouad, Hassan Helmy, Yusuf Sibai, Abd Al-Rahman Al-Sharqawi, Salah Jahin, Ihssan Abdel Koudouss, Youssef Idriss, Lotfi El-Khouli, M. Badayer et Mohsen Zayed.

A une autre échelle, nous trouvons que Chahine présente la  musique de son film”Le Retour de l’enfant prodigue” 1976 en collaboration avec les quatre  musiciens les plus importants à cette époque (Sayed Mekawi, Baligh Hamdi, Kamal El Tawil, Abou Zeid Hassan), et il s’est intéressé à la bande-son. Marwan Fawzi - Président des critiques de cinéma- indique que le son de l'image provient des lignes du scénario du film dans une exploitation exceptionnelle de la technique Musique de la Source, qui active la connotation dramatique de tout texte musical justifié logiquement et non pas comme ce qui se produit dans les films d’aujourd’hui.

Mais il est également nécessaire de noter deux points importants, le premier point est que le climat culturel général au cours des années cinquante, soixante et le milieu des années soixante-dix a produit tous ces noms dont la grande majorité appartient à l'école nassérienne, non seulement d’un point de vue idéologique, mais, plus profondément, ces noms étaient le fruit de l'expérience nassérienne  et une partie intégrante d’un projet auquel les lois économiques et sociales ont donné la vie dans toute l’Egypte. Le deuxième point est que Chahine était chanceux de se retrouver au milieu de ce sol culturel fertile qui a permis à son travail de s’épanouir.

Chahine ne travaille pas uniquement sur la découverte de nouveaux éléments, mais également sur la recherche d’un terrain favorable et commun qui facilite l’harmonie entre les grands musiciens, écrivains,  auteurs et scénaristes  pour qu’ils puissent travailler ensemble chacun dans son domaine. Par conséquent, il résulte une production semblable à un jardin harmonieux plein de fleurs et d’arbres malgré toute diversité et cela grâce au “jardinier”.

Certainement, ce n’est pas toujours aussi facile et les choses ne se déroulent pas tout le temps sans encombre. Dans un entretien avec le magazine “ l’Association du film”, publié le 23 mars 1996, Abdel Hai Adib a dit : “Le fait de s’accrocher à certains aspects de mon travail semble choquant pour un réalisateur qui cherche à introduire ses opinions, ses visions et ses décisions dans tous les détails du travail”.

Comme l’indique Walid Saif – Chef du département de critique de cinéma à l'Académie des Arts - , bien que le film “ Gare centrale” 1958 porte le nom  de  Adib en tant qu’auteur et scénariste, Chahine a rarement fait allusion à Abdel Hai Adib en tant qu’auteur du film ou à la modification faite au scénario et au script pour aller avec la vision du réalisateur.

La même situation s’est déroulée après 14 ans dans le film “Le Moineau”, mais cette fois-ci avec le grand journaliste et  écrivain Lotfi Al Khouli. Probablement, les mêmes flèches “chahiniénne” qui ont entouré Adib, ont ciblé Al Khouli. Dans son dialogue avec le magazine Le Cinéma en avril-mai 2004, Chahine n'a pas gardé le silence, il a révélé : « Six mois avant “Le Moineau”,  je rappelle rencontrer Al Khouli dans l'un des clubs et lui ai demandé s'il voulait participer avec moi dans l’écriture de l’histoire du film. Il a approuvé et nous avons travaillé un peu ensemble. Or, certainement, il n’a pas écrit le film. Nous avons rompu après la fin du film. Il se convainc qu'il l’a écrit, il est vrai qu'il a écrit beaucoup de trucs, mais, non pas ceux qui les mentionne, il se convainc que c’est celui qui a inventé le personnage de Bahia. Je lui ai répondu qu’elle existait déjà dans deux films précédents, la première Bahia était une battante capable de bien choisir dans une certaine mesure et la deuxième Bahia jouée par Faten Hamama dans “Les Eaux noirs” était une femme battante capable d’adapter une attitude forte et courageuse. Or, Lotfi Al Khouli était mon professeur en politique.” La raison principale en est peut-être l'hégémonie de Chahine, qui se manifeste dans les détails de ces œuvres, qu’ils soient petits ou grands.

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