Inquiets, nous le sommes tous. Ennuyés, oui certes. Si le temps est long pour tout le monde, il l’est encore plus pour les personnes sportives. Celles-ci n’étant pas habituées à se barricader entre quatre murs, s’exaspèrent plus rapidement que les autres du confinement. Elles s’étouffent et ressentent un manque fort pressant de leur routine quotidienne dans les salles de gym. La première angoisse de ces gens-là c’est qu’il faut que ça reparte. Elles souhaitent que la vie à la normale redémarre pour pouvoir se retrouver dans leur milieu naturel.
La musculation dans le gymnase, le footing dans la nature, la natation dans la piscine… ces activités sportives qui les rendaient heureuses et en forme leur font défaut. Si c’est le cas pour les amateurs du sport, qu’en est-il pour les personnes atteintes de bigorexie ?
Le confinement à lui seul est une contrainte que l’on vit mal à tous les niveaux. Qu’on soit sportif ou non, il nous empêche d’exercer notre liberté comme nous l’entendons. Or, le confinement a poussé pas mal de gens à revoir leur routine quotidienne. Rester enfermé chez soi donne plus de temps à consacrer aux activités physiques. S’ajoute donc au stress de cet enfermement prolongé, celui d’être privé de son bol d’air : le sport à plein régime !
Pratiquer une activité physique à dose modérée est bon pour la santé. Mais consommé à l’excès, le sport aurait des répercussions physiques et surtout psychologiques. En confinement, le sport a le vent en poupe. Ses excès, aussi. Modelage musculaire, désir de minceur, culte de la performance ou besoin de socialisation… la dépendance à l’effort physique transforme parfois certains rêves au cauchemar.
A l’heure du confinement et alors que les déplacements sont réduits, pas mal de coachs et d’entraîneurs livrent des conseils à leurs adeptes pour rester en forme. Télétravail oblige, de nombreuses personnes vont poursuivre leur activité professionnelle depuis chez elles. Si rester à la maison nous économise les transports, la quarantaine restreint aussi nos sorties et nos loisirs. Promenades, visites, sport en salle, sport d’équipe ou compétitions… d’autant d’occasions de se dépenser en moins. Raison pour laquelle les conseils pour une journée télétravaillée sous le signe de la forme physique fusent sur la Toile.
Ceci dit, pour la plupart des sportifs, professionnels comme amateurs, l’activité sportive devient une addiction, au même titre qu’une drogue. Que l’objectif soit une augmentation de masse musculaire, pour une course ou même juste pour décompresser, tout le monde peut rentrer dans ce cercle vicieux. Les sportifs ne peuvent alors plus se passer de leurs activités physiques favorites.
On peut dire que l’on est « atteint » de bigorexie dès lors que le sport prend la place sur tout le reste, au détriment de notre vie sociale, professionnelle, et ce même lorsque l’on est confiné. Toutes ces personnes atteintes de bigorexie peuvent se mettre en danger. En effet, le sport est bon pour la santé, mais il faut trouver l’équilibre.
La bigorexie commence par une dépendance psychologique, puis devient une dépendance physique. Le sportif, à la fin de sa séance, sécrète une hormone de bonheur, la fameuse endorphine. Si le sportif ressent le besoin d’avoir sa dose journalière, c’est le signal d’alarme.
La bigorexie, est ce mal des temps modernes qui consiste en une quête esthétique de prise musculaire. Le corps médical a découvert ce drôle de symptôme dans les années 70, alors que la musculation est en vogue. Quand la mode du running débarque trente ans plus tard, le syndrome Musclor est ainsi talonné par cette nouvelle expression du sport à outrance, la bigorexie, dont la dépendance à l’effort physique n’est qu’un visage.
Cette pathologie frappe les jeunes en quête de corps idéal, et les quarantenaires qui réagissent soit à la prise de poids qui s’accumule, soit à une crise existentielle (perte de travail, rupture amoureuse). Les hommes vont vers l’endurance. Les femmes, elles, sont séduites par le versant fitness pour mincir et redessiner leur silhouette.
La bigorexie, parfois appelée sportoolisme, est reconnue comme dangereuse par l’Organisation mondiale de la santé depuis 2011. Elle touche principalement les adeptes des sports d’endurance ou de culturisme, eux aussi confinés à cause de la pandémie de Covid-19.
Cette pathologie surfe sur l’image de la femme parfaite : la battante mince et musclée encensée dans les magazines féminins. Dans le monde du travail, être « fit » rime avec performance. Changer son corps, c’est se positionner dans l’entreprise. C’est ce que l’on appelle une addiction positive, car valorisante, selon des experts.
Leur explication : Au bout d’environ 45 minutes, la pratique d’endurance déclenche une sécrétion d’endorphines bienfaisantes. Cette substance est aussi produite par des drogues comme la cigarette ou la cocaïne. Plus son effet est rapide et puissant, plus on est accro. D’où les temps de pratique qui rallongent, pour retrouver l’intensité initiale.
Comme pour toute drogue, le paradis peut se muer en enfer. Comme toute addiction, le sportif bigorexique est plus facilement irritable et ce sont ses proches qui pourront l’alerter les premiers s’il est en train de basculer dans l’addiction, les membres de la famille étant confinés ensemble donc ils ont plus de chance de se redécouvrir en s’observant les uns les autres.
Dès lors que vous perdez votre équilibre personnel, et vous n’écoutez plus vos sensations, une baisse de performances peut aussi survenir. L’addiction au sport peut-être mauvais pour la santé dès lors que l’on n’écoute plus ses sensations et les signaux d’alerte de son corps : fatigue chronique, tendinites, déchirures musculaires…etc.
Depuis le début de confinement, les messages et images de gens faisant du sport pullulent. Si se maintenir en forme est essentiel, attention donc à ne pas trop en faire pour ne pas provoquer des risques cardiaques dans cette période d’épidémie virale et passer d’un sportif féru à un bigorexique !
Encadré
Que cherchent les bigorexiques ?
La personne qui souffre de bigorexie et de troubles alimentaires associés est à la recherche perpétuelle du corps parfait. Modeler son corps, faire fondre la graisse, se muscler à outrance ou atteindre un poids faible font partie de leurs motivations. Pour eux, le sport n’est plus considéré comme un simple plaisir ou un divertissement, mais devient une obsession, presque contraignante et devant correspondre à une routine journalière. La sensation de bien-être liée à la production d’endorphines ou la recherche de prouesses techniques peuvent être liées, mais ne sont généralement pas leurs buts premiers.
Encadré
Comment traiter la bigorexie ?
Peut-on en finir avec cette dépendance ? Il n’existe pas de traitement chimique anti « craving ». Les experts préconisent néanmoins un travail sur l’énergie pulsionnelle, les motivations, certains traumatismes… et l’ennui ! Certains se vengent sur la nourriture, d’autres sur le sport ; un moyen comme une autre de se sentir vivant. Les spécialistes travaillent alors sur ce que cache la sensation de manque : il n’y a plus d’écran entre leur souffrance intérieure et eux.
Encadré
Quelques témoignages…
« Je me considère dépendante, car si je ne fais pas de sport, je commence à culpabiliser et j’ai le moral qui flanche ». Ce témoignage d’Elvire Vaisse, joueuse de handball au sein du club de Plougastel, est symptomatique. Difficile pourtant d’imaginer une véritable pathologie derrière ce symbole de vertu et de bien-être qu’incarne le sport. Dépasser ses limites, s’améliorer perpétuellement ou se développer physiquement sont des critères recherchés par les sportifs, amateurs comme professionnels. À l’excès, la pratique peut toutefois se substituer en un besoin compulsif et irrépressible au quotidien.
« Je sais que je suis addict au sport. J’ai une vraie dépendance, mais je préfère être accro à ça plutôt qu’à l’alcool ou à la cigarette », met en exergue Pauline Béchu, 4e au dernier championnat de France de bodybuilding. Difficile de la contredire, même si la bigorexie, comme toute source d’addiction, peut conduire à des complications.
Bixente Lizarazu, champion du monde de football en 1998, a avoué être atteint de bigorexie. Une « maladie » qu’il assume pleinement. Il dit : « C’est ma passion, ce qui me fait du bien. J’ai trouvé mon équilibre comme ça. Ça a été ma boussole toute ma vie. C’est vrai que je suis un peu excessif. Il y a cette bigorexie, je le sais. Mais je préfère avoir cette maladie, entre guillemets, que d’autres addictions. Simplement, il faut que je sache la gérer. » Cet ancien footballeur pratique aujourd’hui divers sports comme le surf, la voile, la plongée sous-marine, les arts martiaux, le footing, le tennis et le football évidemment !
Sources
Runmotion
Santé.Journaldesfemmes
Marie claire
letelegramme