Bekia : Des ordures contre de la nourriture

Hanaa Khachaba Samedi 23 Novembre 2019-13:27:39 Chronique et Analyse
Bekia : Des ordures contre de la nourriture
Bekia : Des ordures contre de la nourriture

« Vecchia … roba vecchia. Vecchia … roba vecchia », les habitants des quartiers cairotes ont l’habitude d’entendre ce refrain qui retentit en porte-voix dans les rues. L’acheteur de la «roba vecchia», (une expression en italien qui signifie vieilleries) arpente les rues des régions tant riches que pauvres, presqu’à la même heure, à la recherche de vieux trucs. Il les achète, les revend à des usines de recyclage ou à autres commerçants qui en profitent. C’est de coutume au Caire et dans d’autres villes de voir les acheteurs des objets démodés passant ici et là avec leurs charrettes transportant ces piles de pièces hétéroclites. D’ailleurs, une nouveauté apparaît : le troc de la roba vecchia contre de la nourriture ! Qui plus est, cela se passe en ligne. Bekia, est le nom de cette association qui s’intéresse à tout genre de choses anciennes.

 

 

D’ordinaire, la femme de ménage vend d’anciens objets : des ustensiles de cuisine dont elle n’a plus besoin, des machines cassées, de vieux napperons, etc. Le marchand de roba vecchia l’aide donc à se débarrasser des vieilleries, en contrepartie d’autres objets intéressants. Des boîtes en plastique contre une marmite en aluminium, un frigo en panne et un tas d’anciens journaux pourront correspondre au prix d’une machine à coudre faisant elle aussi partie des choses rangées pêle-mêle sur la charrette. 

Cette scène prend cependant de l’âge. Aujourd’hui, les services en ligne sont en vogue. Le site Bekia fondé par deux jeunes gens, Alaa Afifi et Mohamed Ahmed, est considéré comme la première association en ligne proposant un service de troc des déchets et des ordures non organiques. En utilisant Bekia, vous échangez vos déchets contre de la nourriture. Remplissez vos paniers en ligne, et débarrassez-vous des ordures en un clic. Que la vie est simple !

Les étapes sont faciles. D’abord, l’utilisateur doit remplir une fiche d’inscription. La détermination de la quantité des déchets dont il veut se débarrasser est requise. Le site analyse ces données et affiche les points correspondant aux kilogrammes d’ordures vendus. Par exemple, trois kilos d’ordures valent 300 points au client. Une liste des produits disponibles s’affiche par la suite, proposant tous les aliments étiquetés pour que l’utilisateur puisse en choisir ce qui lui est nécessaire, en fonction des points qu’il a. Plus vous vendez des déchets de tous genres (non organiques) plus vous obtenez de points. 

Les ordures sont étiquetées selon les catégories (des canettes, en plastique, en papier, en carton…etc.), les produits aussi portent des labels avec le prix dessus. Pour obtenir un kilo de riz, on a besoin de 119 points. Chaque 400 grammes de pâtes équivaut à 59,9 points. Du sel vaut 8,5 points. Un kilogramme de carton ou de papier est égal à 6,8 points. On obtient 34 points si l’on se débarrasse d’une bouteille en plastique. Quant aux canettes, une seule vaut 2,38 points. Les déchets électroniques valent le plus grand nombre de points, en fonction aussi de leur nature.

Bekia est le premier site dans le Monde arabe proposant un tel service en ligne. Les jeunes fondateurs du site sont des copains de longue date. « On se connaît, mon partenaire et moi, depuis 16 ans. On s’est mis 18 mois pour enfin lancer ce site », confie Alaa, âgé de seulement 24 ans.

Il raconte comment lui et son ami rêvaient toujours de fonder leur propre business à condition qu’il soit profitable à la société. Au début, ils ont pensé au recyclage du papier. « Le projet est tombé à l’eau », se souvient Alaa, affirmant que cet échec leur a donné un élan de repartir à zéro en créant Bekia. « Un an et demi s'est écoulé avant de voir notre idée se concrétiser sur le terrain », dit-il fièrement.

Quatre autres jeunes assistent Alaa et Mohamed. Comment se déroule ce service ? Au terme des horaires de travail de chacun des six copains, ils se rendent aux quartiers dans lesquels leur service en ligne est disponible, à savoir Mohandessine, Dokki, Zamalek, Agouza et Ard Al-Liwa. Ils collectent les déchets des clients avant de leur livrer les produits qu’ils avaient sélectionnés en ligne. La collecte des déchets et la livraison des produits se fait main à main, tandis que la sélection des produits par l’utilisateur est réalisable en ligne. Les déchets et les ordures sont rangés dans un dépôt en vue de leur revente à des usines de recyclage. 

« Ça fait seulement près d’un mois que notre site existe et déjà on a 80 mille visites », dit Alaa, enthousiasmé, ajoutant avoir reçu 320 demandes de trocs d’ordures contre de la nourriture. Dans une société encore à ses premiers pas dans le tri des ordures ménagères (une vraie problématique), le service en ligne de Bekia a eu quand même des effets très positifs. « Des habitants d’autres quartiers viennent spécialement là où nous offrons le service pour échanger leurs déchets contre des produits qu’ils avaient choisis en ligne. « Notre rêve ne s’arrête pas là. Notre ambition est de travailler aussi pendant le mois de Ramadan en élargissant un peu plus nos activités pour comprendre de nouveaux quartiers comme Maadi, Héliopolis ou Médinet Nasr », s’emballe Alaa en affichant un air plein d’assurance.  

Sur Facebook, Madame Hanane, habitante de Dokki, s’est inscrite au site Bekia. « J’ai beaucoup aimé l’idée. Comme je possède des tas de vieilleries, j’ai pensé à m’en débarrasser de cette manière », dit-elle en signalant qu’elle avait toujours eu du mal à trouver le meilleur moyen de vider sa maison des encombrements ! « Un jour, en regardant la télé, je suis tombée sur cette émission dans laquelle parlaient ces magnifiques jeunes gens de leur initiative », se rappelle Madame Hanane. « J’ai tout de suite senti quelque chose envers eux, je me suis dit qu’il faut les encourager et les aider à généraliser leur idée », confie-t-elle en affirmant qu’elle a propagé la nouvelle dans son entourage pour aider ces jeunes ambitieux à développer leur rêve.

 

Tri à la source, il n’y a plus de temps à perdre !

Pour qu’un centre ou une usine de recyclage fonctionne correctement, le bon tri à la source est très important. Le bon geste fait le bon tri ! Il est nécessaire de collecter les déchets dans des bennes d’ordures ménagères compartimentées. Il n'y a pas longtemps que cette prise de conscience a connu son chemin vers l’Egypte. Il est temps de fournir des bennes de couleurs différentes pour que les ordures arrivent séparées de la source au centre de tri, ou de recyclage. Les déchets papiers-cartons sont déposés dans une zone dédiée aux fibreux et les flacons sont déposés dans la zone flacons. Chaque produit est traité sur une ligne de traitement spécifique. Pour éviter le gaspillage des déchets (c’est véritablement une fortune s’ils sont réutilisés correctement), il est important de faire le bon geste (le tri) dès la source, c’est-à-dire depuis les domiciles, en mettant les déchets dans le bon compartiment.

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