Dans le village de Bazoulé, à l'ouest d'Ouagadougou, plus d'une centaine de crocodiles vivent en harmonie avec les habitants.
Nourris par la population locale, ces reptiles sont en quelque sorte domestiqués et ne représentent plus de danger pour les hommes. Mais les habitants ont une autre explication: ces crocodiles sont sacrés.
«On s'est habitué avec les crocodiles, quand on était petits, à nager dans l'eau avec eux et tout ça», affirme Pierre Kaboré, qui est né et a grandi à Bazoulé.
«On peut toujours les approcher, les toucher, s'asseoir dessus… et, si on a le courage, s'allonger dessus. Il n'y a pas de problème, ce sont des crocodiles sacrés, ils ne font de mal à personne», assure-t-il.
Selon la légende, au XIVe ou le XVe siècle, des crocodiles auraient guidé les villageois qui vivaient dans un univers de sécheresse vers une source d'eau.
«Les femmes faisaient des dizaines de kilomètres pour aller chercher de l'eau. Un jour, elles ont vu deux crocodiles qui se suivaient, elles les ont suivis et ils leur ont montré un étang», raconte Pierre. «Les villageois ont organisé une fête pour célébrer et remercier les reptiles».
A Bazoulé, l'animal qui effraie ailleurs est devenu le totem sacré du village, un protecteur. «Les crocodiles sont représentés comme l'âme de nos ancêtres. S'ils meurent, on les enterre et on fait même des funérailles, comme si c'était un être humain», assure Pierre Kaboré.
A en croire les habitants de Bazoulé, une véritable connexion mystique s'est installée entre les villageois et les reptiles.