Bac: Quand pourcentage décide de l'avenir

Ingi Amr Dimanche 22 Juillet 2018-13:40:20 Chronique et Analyse
Le bureau de coordination
Le bureau de coordination

Des milliers de familles égyptiennes sont en pleine inquiétude en attendant les résultats d’admission (ou non) de leurs enfants aux universités et aux instituts. C’est bien frustrant de voir un simple pourcentage décider d’un avenir. Mais c’est la réalité amère que vivent, chaque année, les lycéens.

 

Une fois les résultats du Bac annoncés, les familles ne cessent de consulter les journaux, chaque matin pour savoir les indices et les prévisions sur les pourcentages d’admission aux universités. Cette année, les pourcentages d'admission aux facultés sont 96,10% pour les sciences, 93,9% pour les maths et 80% pour les lettres. Il s'agit de la phase I des admissions.

En fait, le mot «Bac» porte dans ses replis tant de stress. Ce mot de trois lettres constitue un lourd fardeau que des milliers de familles égyptiennes endossent chaque année. Ce n’est pas une simple année d’étude mais un cauchemar pour de nombreuses familles. Des mois d’études, de leçons privées devenues une nécessité suffocante, une source de stress et un fardeau financier.

Malheureusement, une fois le résultat du Bac annoncé, le stress ne finit pas. C’est un nouveau tournant, un rendez-vous avec un autre type de stress. Celui de l’inquiétude, de l’indécision, de l’incapacité de choisir quelle université rejoindre et la crainte de ne pas trouver une place dans une installation universitaire.

Au Bac, le succès est mesuré par le pourcentage. Pourtant, un grand pourcentage ne peut point garantir un succès universitaire. De plus, un grand pourcentage ne peut pas, dans beaucoup de cas, garantir une place dans une université.

Expliquons. Si le titulaire du Bac a obtenu un pourcentage de 96%, et il rêvait de faire des études de médecine, il ne pourra pas. C’est vrai, il ne pourra pas. Ce n’est pas une blague ni une moquerie. C’est la vérité amère. Pour faire des études à la faculté de médecine, il fallait obtenir un pourcentage qui dépasse les 97%. C’est ridicule. Comment un pourcentage peut dissiper tout un rêve et changer tout un avenir.

Normalement, l’échec c’est d’obtenir moins de 50%. Au Bac ce n’est pas du tout le cas. Aux yeux des familles qui ne possèdent pas les moyens pour financer des études aux universités privées, l’échec c’est de ne pas obtenir le pourcentage qui garantit l’accès à des facultés de la première catégorie aux universités publiques.

Si le lycéen de la section science obtient 90%, il ne pourra pas rejoindre la première phase de coordination universitaire (le choix et la distribution des élèves sur les universités). En d’autres termes, si votre fils ou fille a obtenu 90%, ils se sentiront en échec. Il faut dire aussi que les pourcentages sont considérés égaux s'ils sont inférieurs au seuil minimal d'admission. C'est-à-dire, un lycéen qui a obtenu 90% et un autre ayant obtenu 80% ne seront pas admis dans la première phase.

En fait, une mère de famille dont la fille a obtenu 90% en section science juge que ce pourcentage est «un succès au goût de l’échec». C’est une qualification amère. En fait, c’est injuste, frustrant et ridicule. Comment peut-on considérer un résultat de 90% comme un échec? Ce n’est point raisonnable mais c’est la réalité suffocante que les familles vivent chaque année avec le Bac et les misères qui l’accompagnent.

Malheureusement, les critères de l’enseignement universitaire dépendent, dans la majorité des cas, d’un simple pourcentage. Ce dernier ne veut point dire que l’élève pourra bien passer ses études universitaires. Pour la simple raison qu’un grand pourcentage n’est que le résultat d’avoir bien pu étudier par cœur.

Apprendre par cœur est un critère primordial non seulement au Bac mais malheureusement aussi dans tout le système éducatif. L’enseignement ne vise plus à développer les capacités intellectuelles. On ne cherche qu’à savoir comment les questions sont posées dans les examens pour pouvoir en connaître les réponses. L’éducation est devenue stérile. D'où la décision de moderniser le système éducatif via une refonte de l'enseignement. Depuis l'année scolaire 2018-2019, un nouveau système sera appliqué dans le cycle secondaire.

Ce n’est pas étrange donc de voir, au sein des facultés, des élèves qui ne savent pas se débrouiller face au système universitaire. S’ils doivent faire des recherches, écrire des rapports, passer des tests…Ils cherchent des livres à étudier par cœur comme ils le faisaient au Bac.

Pourcentage ne veut pas dire succès. Il y en a ceux qui obtiennent des pourcentages modestes mais qui font preuve de bon travail aux facultés.

En plus, bien étudier n’est pas un garanti d’une bonne carrière. Le Bac n’est pas la fin du monde. C’est, au contraire, le début d’une nouvelle phase. Quiconque a obtenu un pourcentage qui ne lui a pas donné accès à son rêve, qu’il cherche un nouveau rêve. On ne sait jamais ce que l’avenir nous cache. Soyons optimistes.

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