A vélo pour sauver l’éco

Hanaa Khachaba Lundi 27 Août 2018-16:20:51 Chronique et Analyse
Le Président Al-Sissi enfourchant un vélo en pleine rue en Egypte
Le Président Al-Sissi enfourchant un vélo en pleine rue en Egypte

Un Chef de l’Etat enfourchant un vélo en pleine rue en Egypte, ça n’arrive pas ! Mais, la photo n’était pas du Photoshop. En 2014, le président Abdel Fattah Al Sissi, alors candidat à la présidentielle, fut pris en photo lors de la période de la propagande électorale, à vélo. Le commérage éclata. Son message a toutefois abouti, peut-être quelques années plus tard. Le Président Al-Sissi paraît en forme, favorisant le sport, et ne se trouvant guère gêné à utiliser un engin à deux roues pour se déplacer. Le Chef de l’Etat n’est plus seul à monter sur une bicyclette. En tête d’un marathon de cyclisme de 20 km, le Chef de l’Etat continue à fédérer des jeunes mais aussi des personnes âgées, pour changer la culture d’un peuple de nature un peu indolente, habitant d’un pays au gouffre de l’asphyxie démographique !

Que veut-il montrer ou prouver en enfourchant une bicyclette ? Les analyses et les commentaires ne se faisaient pas rares. Les passionnés du sport trouvent en cela une invitation nationale à faire du vélo, pour rester toujours en forme. Les défenseurs de l’environnement, eux, triomphent pour cet appel initialement lancé par le Raïs, car quoi de mieux pour réduire les émissions des pots d’échappement ! Sachant que rouler à vélo surtout dans la capitale égyptienne exige une vocation de kamikaze, la circulation étant chaotique, le gouvernorat du Caire a pour la première fois de son histoire parrainé une sacrée initiative baptisée « Ta voie est verte, l’Egypte est plus rapide à vélo » ! En collaboration avec l’ambassade danoise en Egypte et le programme des Nations-Unies pour les établissements humains, le gouvernorat du Caire lance cette campagne dans plusieurs quartiers, entre autres, à Korba et au Centre-Ville, dans un souci de répandre ce nouveau mode de déplacement, ami de l’environnement.

Tout d’abord, il faut arranger nos rues pour s’adapter aux premiers aventuriers. Avant d’exhorter les gens à faire du vélo, il faut contraindre les chauffards à respecter le code de la route, aménager des pistes cyclables et créer des services aux usagers. Si la rue rentre dans l’ordre, reste à réfléchir côté environnement. Pollution et chaleur torride peuvent créer problème. Qui aimerait se rendre au travail tout mouillé de sueur, la blouse noircie de fumées de gaz d’échappement et les poumons remplis de toutes sortes d’odeurs désagréables. L’idée peut paraître irréaliste pour certains. Comme à chaque début, l’affaire n’est pas mince. Il faut un esprit sportif et une envie de sortir du classique pour oser faire un peu de cyclisme dans ces conditions pas trop agréables. Or, le soir, au Caire, les rues sont magnifiques et tentantes. Pour les désireux, ce serait le bon moment pour tenter le coup et enfourcher son vélo. Quelques kilomètres pour le supermarché d’à côté, sera un bon début. De plus longs trajets devraient alors suivre, surtout que, dans le cadre de « Ta voie est verte, l’Egypte est plus rapide à vélo », des aires de stationnement aux vélos, sont désormais installés dans plusieurs endroits. 

Le chemin de mille lieues commence toujours par un premier pas. Ce premier pas est donc d’introduire une nouvelle culture auprès du peuple égyptien, dont une large majorité se veut fainéante. Le mode de vie des Egyptiens, notamment la grande génération, est anti-sport. Il faut l’avouer. L’espoir est de convaincre les jeunes, filles ou garçons, d’oser l’aventure. Après quoi, elle changera en mode de vie reléguée sans soucis aux futures générations.

 Faute de temps ou de désir voire de prise de conscience de l’importance du sport, peu nombreux sont les ménages qui insèrent le sport sur leur liste d’activités de priorité. Même si le vélo d’Al Sissi n’est pas une invitation populaire de garer sa voiture pour faire du vélo, pour ainsi aider l’Etat à réduire la consommation d’essence, et par la suite minimiser ses subventions de l’énergie, on doit apprécier l’autre message que comporte le marathon de cyclisme : l’inculcation de la culture du sport chez l’Egyptien. Si la pollution ou la chaleur découragent de faire du vélo ou de la marche à pied, les citoyens n’ont qu’à faire leurs randonnées pendant un jour férié en roulant à deux, justement pour remplir d’air frais les poumons, dans des routes qui seraient quasi désertes, ou pendant la fraîcheur des soirées égyptiennes. L’Etat œuvre sérieusement à mettre en place l’infrastructure encourageant la circulation sur sa bicyclette dans les rues égyptiennes, vu les nombreux bienfaits de ce moyen de transport gratuit, rapide, ami de l’environnement et sportif.

D’ailleurs, le Président égyptien n’était pas le seul, et ne serait pas le seul à se mettre à califourchon sur sa bicyclette ! Que de présidents et des dirigeants du monde qui ont été pris en photo à dos d’un vélo, en famille ou au milieu de son équipe présidentielle (Nicolas Sarkozy, Hugo Chafez, Vladimir Poutine, Barack Obama et bien d’autres). A regarder leurs photos, des Egyptiens rêvent : verra-t-on le jour où un président égyptien ferait de la sorte, se passant de son convoi et de ses véhicules somptueux ?! Et lorsque le jour vient, on hésite à marcher sur ses pas !? Utiliser un engin à deux roues pour servir une cause écologique ou économique, ou pour sensibiliser les gens aux bienfaits du sport, ou pour donner une image d’un dirigeant proche des foules, les messages voulus sont multiples et les visées diffèrent d’une personne à une autre. L’essentiel est d’encourager les gens à se déplacer, à faire des exercices et à contribuer, même par des efforts minimes qui sont toujours les bienvenus, au règlement atypique des problèmes typiques.

Le vélo a toujours été un symbole des vacances pour les Egyptiens. L’été venu, les familles voyagent au bord de la mer. Là, les rues bondaient d’estivants roulant à deux-roues Les locataires de bicyclettes faisaient leurs choux gras de la saison estivale. C’était toujours comme ça. Dans les provinces jusqu’à présent, on se déplace à vélo. Dans les grandes villes aussi : les portiers, les vendeurs de lait, de journaux, de pain font le tour des maisons en roulant. Quoi de neuf alors ? Cette monture n’est quand même pas une invention qui vient de fouler le sol égyptien ! Par le passé, dans les films noirs et blancs et même en couleurs, on voyait les filles faire du vélo, en promenade ou en allant à l’école. Dans certains films aussi, on voyait des endroits conçus pour ranger sa bicyclette, dans les parcs publics et dans des établissements scolaires.

Il y a un bon moment, au Caire, tous les vendredis, de jeunes cyclistes parcouraient les rues vides de la capitale sans que cela n’ait dérangé la moindre personne ! Aucun bruit critiquant n’a couru là-dessus. Bien au contraire, les encouragements et les admirations pleuvaient sur ces jeunes vélocipédiques autant sur les réseaux sociaux que dans la rue. Nombreuses familles et pas mal d’individus commencent à rouler à vélo tous les vendredis matins. D’autres  ont décidé de faire des économies pour en avoir un. L’initiative fera école. Essayez au départ lors d’un jour de congé ou le soir, sans faire la tête !

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