Le mois dernier, l'Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO) a accueilli un nouveau membre scientifique important : M. Laurent Coulon, qui avait été choisi à la tête de cet institut prestigieux qui déchiffre par ses études et ses chercheurs l'histoire de l'Egypte ancienne. Interview
Le Progrès Egyptien : Comment avez-vous commencé votre parcours avec la civilisation égyptienne ancienne?
Le directeur Laurent Coulon: Au début de ma carrière, j'étais très intéressé par la littérature égyptienne, et c'est par cela que je suis venu à l'égyptologie.Au début, j'étais spécialiste de lettres classiques-donc la littérature latine et grecque. Puis, j'ai eu l'occasion par des cours que j'ai suivi à l'Ecole pratique des hautes études et à l'Université de Sorbonne de découvrir la littérature égyptienne.J'ai consacré, donc, ma thèse de doctorat au rôle qu'a le beau discours dans la société égyptienne antique, la manière dont est valorisé l'art de bien parler et toutes les qualificatifs aux titres qui étaient donnés au beau parleur en Egypte. J’ai utilisé beaucoup d'expressions qui expliquent leur qualité de discours aspirant à la parole précise, celle qui importe pour l’adhésion aux assemblées. Ma thèse a consisté justement à mettre en évidence ce rôle du discours, de l'art de bien parler dans la société égyptienne, et bien sûr cela est reflété aussi dans la littérature.On a par exemple,l’un des œuvres célèbres de la littérature égyptienne, le conte du paysan éloquent, qui met en scène un paysan qui maîtrise la rhétorique et qui plaide sa cause. On a aussi des conseils donnés au roi Mérikarê, montrant que la parole est nécessaire au roi pour convaincre le peuple et se défendre aussi contre les personnages qui ont cherché à provoquer des troubles. Il y a une phrase qui dit :"La parole est plus puissante qu'une épée".Donc j'ai continué à travailler sur la littérature éloquente pendant aussi toute ma carrière en publiant des articles sur ce sujet. Mais parallèlement, comme j'ai commencé à travailler aussi dans un chantier archéologique à Karnak, dès les années 1990 sur un cimetière du dieu Osiris, j'ai développé aussi cette recherche sur Osiris à Karnak depuis maintenant plus de 25 ans. Et ce, en étudiant le développement de ce culte de ce dieu au premier millénaire à travers le cimetière des figurines d'Osiris.Ceux-ci étaient enterrés chaque année à l'occasion des fêtes de Khoiak : c'est de fabriquer une figurine du dieu Osiris qui était l'objet d'un culte pendant un an. Les prêtres ont en aussi enterré dans des catacombes qu'on atrouvés à Karnak avec une niche qui était remplie chaque année avec une figurine osirienne. J'ai travaillé aussi sur une chapelle du dieu Osiris autour de Karnak, notamment celle qui se trouve au nord de la grande salle hypostyle, avec des fouilles archéologiques, mais aussi une étude de décoration de cette chapelle. J'ai passé deux ans d'affilé à Karnak ;puis chaque année, je revenaispour y séjourner plusieurs mois pendant plus de 25 ans pour des missions archéologiques.
*Le Progrès Egyptien : Est-ce que vous étiez intéressé à l'égyptologie dès votre enfance ?
* Le directeur Laurent Coulon: C'est devenu assez tard, justement quand après avoir commencé mes études supérieures en lettres classiques en latin grec, j'ai découvert par des enseignements que j'ai suivi à Paris l'intérêt de travailler dans l'égyptologie, puisqu'il y avait beaucoup de textes inédits et beaucoup de nouvelles perspectives à explorer.Et c'est surtout après, en venant en Egypte, en passant presque deux ans d'affilé à Karnak - j'avais à l'époque 23 ans - c'est là que j'ai réalisé que c'est ce que je voulais faire.
*Le Progrès Egyptien : Vous étiez membre scientifique à l'IFAO, pouvez-vous expliquer ce poste?
*Le directeur Laurent Coulon : Etre membre scientifique à l'IFAO c'est-à-dire être élève de l'IFAO.Ce dernier fait partie d'un réseau de cinq écoles françaises à l'étranger: il y a l'école d'Athènes, l'école de Rome, la Casa de Velázquez à Madrid, l'école d'Extrême-Orient puis l'IFAO du Caire. Et dans ces écoles se trouvent des membres scientifiques qui sont,en quelque sorte, des jeunes chercheurs qui sont recrutés après leurs thèses et qui sont encore aussi en cours d'apprentissage de leur formation de futur chercheur confirmé. En même temps, ils y sont membres scientifiques pour quatre ans, et c’est pendant cette période qu'ils vont construire les programmes de recherche qui vont ensuite alimenter la recherche de l'IFAO pour les années qui suivent. Donc, c'est vraiment en étant membre scientifique- j'étais membre scientifique entre 1998 et 2002- que j'ai pu vraiment mettre en place des fouilles que j'ai menées notamment à Karnak. J’ai pu aussi construire aussi mes recherches pour les prêtres de Karnak, puisque j'ai développé un programme de recherche sur la cachette de Karnak qui est une découverte faite par Georges Legrain entre 1903 et 1907. Elle renferme de centaines de statues qui étaient enterrées devant le septième pylône de Karnak, et c'est une source exceptionnelle pour la connaissance des prêtres et des clergés de Karnak. D’ailleurs, il y aévidemment des statues de rois. Et à partir des travaux que j'ai menés en étant membre scientifique, j'ai commencé un inventaire préliminaire de toutes ces statues que Legrain les avait sorties, et qui n'avaient pas été toutes publiés. Et ça a donné ensuite quelques années plus tard, la création de toute une donnée de base sur la cachette de Karnak qui a été publiée sur le site de l'IFAO.
*Le Progrès Egyptien : Vous avez dirigé vous-même des fouilles?
* Le directeur Laurent Coulon: Je me suis perfectionné dans les fouilles archéologiques, quand j'étais membre scientifique, en participant au chantier de Balat dans l'oasis de Dakhla, sous la direction de l'archéologue Georges Soukiassian. Celui-ci était un ancien membre scientifique de l'IFAO, et a développé les recherches sur le chantier de Balat. C'est aussi le principe du fonctionnement de l'IFAO: c'est que les jeunes membres scientifiques apprennent avec l'expérience des anciens. Ensuite, j'ai lancé mon propre chantier sur la chapelle nord. J’étais président de la mission sanctuaire osirienne de Karnak .Ce chantier se poursuit toujours en collaboration avec l'Institut national de recherches archéologiques préventives avec l'archéologue Cyril Giorgi. Celui-ci est le co-directeur de la mission avec moi ; et donc nous partageons la responsabilité de ce chantier, qui est à la fois un chantier de fouille et d'études d'épigraphiques. On fouille à la fois les différents niveaux de la chapelle, mais on a aussi publié des reliefs de cette chapelle.
*Le Progrès Egyptien : Comment vous êtes arrivé au poste de directeur de l'IFAO?
* Le directeur Laurent Coulon: J’ai été d'abord maître de conférence à l'Université de Lyon de Lumière ; puis je suis revenu en Egypte, quand j'ai été chargé des publications de l'IFAO entre 2004 et 2008. Ensuite, j'ai été recruté comme chercheur en CRNS dans une équipe qui se trouve aussi à l'Université de Lyon. En 2015, j'ai été recruté à l'Ecole pratique des hautes études, une institution française située à Paris. Cette institution est spécialisée sur l'étude des disciplines rares (La religion d'Egypte ancienne est considérée comme une discipline rare). Depuis 2015, j'ai enseigné la religion de l'Egypte ancienne évidement sur mes travaux faits sur le culte d'Osiris ; et en 2019, je suis venu comme directeur de l'IFAO.